dimanche 14 mars 2010

Quel programme pour ce soir?

Le premier tour des élections régionales a lieu aujourd’hui. Hier soir TF1 a programmé à 20.45 l’émission « Ushuaia Nature » consacrée à l’Islande. Deux députés socialistes, Julien Dray et Jean-Jacques Queyranne ont estimé que cette diffusion pourrait favoriser les listes écologiques.
La veille des élections européennes la diffusion du film « Home » de Yann-Arthus Bertrand avait soit disant subitement éveillé les consciences écologistes de nos citoyens.
Alors que le programme de Nicolas Hulot se borne à comparer la vie sur le sol islandais à la vie sur Mars, on se demande où nos élus socialistes peuvent y voir des petits hommes verts.
A ce rythme là, aucune programmation de film, de feuilleton voire d’émission musicale ne pourrait exister.
Avec « Le grand bleu » les antis De Villepin pourraient monter au créneau. « Le cave se rebiffe » et les Sarthois proche de François Fillon se verraient pousser des ailes. « Je règle mon pas sur le pas de mon père » serait alors jugé profitable à Marine Le Pen, « Le nom de la rose » trop ostensiblement socialo serait interdit d’antenne, « Les tontons flingueurs » ferait l’apologie des quadras du PS énervés par le front des plus âgés comme Aubry –DSK – Fabius. « L’affiche rouge » en prime time et le NPA passerait alors le premier tour, tout comme « Le cuirassé Potemkine » redonnerait des couleurs au PC. « Le petit Nicolas » serait jugé à la fois comme une apologie ou un affront au président actuel et « La banquière » une ode déplacée au libéralisme qui se fiche de la crise et affiche ses profits et ses primes de résultats sans vergogne.
Amusez vous à trouver quelques titres à double lecture, vous verrez que l’exercice est infini.
Quoi qu’il arrive aux sorties des urnes du premier tour, nos élites sauront nous expliquer qu’elles ont toutes gagné. Un peu comme lors de ces dimanches après-midi quand Jacques Martin donnaient les mêmes notes à ces pitchounes de « L’Ecole des fans » afin que chacun rentre joyeux chez soi.
Alors ce soir, après les programmes des trois premières chaines, je voterai peut-être pour « Le jour d’après », un film catastrophe qui fait du monde une immense banquise. La diffusion des « Enfants du Paradis » semble aujourd’hui impossible tant le spectacle politique rebute les électeurs et que les utopies semblent mortes.



PS : Une pensée pour Jean Ferrat le chanteur des anonymes et des justes, grande gueule que la censure des années 60 et 70 tenta bien de fermer. Le poète est mort hier dans son Ardèche d’adoption. Alors que la France vote (de moins en moins), alors que le PC est un parti moribond loin des scores affichés lorsque le militant Ferrat chantait « Potemkine », alors que le débat nauséabond sur l’identité nationale, lancé par Sarkozy et Besson a pollué la campagne électorale, les discours et les relations entre les Français, je vous propose de relire ce texte de Ferrat qui ferait un bien bel hymne à ce pays qui mérite mieux que ses dirigeants actuels et qui, surtout, mérite de nouveaux rêves.

« De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirais pas d'écrire ta chanson
Ma France

Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France

Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France

Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France »

Paroles et Musique: Jean Ferrat 1969

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