jeudi 12 avril 2007

Plan drague.

Boite de nuit. Bord de route nationale. Samedi soir. Ou plutôt dimanche matin. Ça sent la vodka orange. Sur la piste un couple. Au début de la soirée ils s’évitaient, faisaient semblant. Puis ils se sont caressé les mains. Se sont jaugés, les yeux dans les yeux. L’instant est stratégique. Bientôt quatre heures. Il faut conclure comme disait Jean-Claude Dusse.
Ils n’ont pas le même âge. Ils n’ont pas fréquenté les mêmes bancs d’école. N’ont pas les mêmes origines.
Sardou chante « Ne m’appelez plus jamais France ». Leurs yeux brillent. Ils aiment Sardou et aussi Enrico Macias ; « Les gens du Nord » plutôt « Qu’enfants de tous pays ». L’ancien instituteur d’Algérie roucoule. C’est pour eux. Une main s’approche d’une nuque. Caresse. Un pouce sur deux lèvres. Corps à corps. Ça sent l’estocade chère à Guy Bedos et Sophie Daumier. Ils parlent maintenant le même langage. Font semblant de se chamailler pour mieux se retrouver. Ils se cherchent, ils se trouvent. Bientôt la fin du slow. L’un mène, et ce n’est pas celui auquel on pense, l’autre suit.
Ils s’embrassent. Sur la bouche.
Ce matin Nico et JM vont coucher ensemble.
C’était sûrement inné.
Tout à l’heure il y a la messe.
Puis il faut aller voter.
On est le dimanche 22 avril.




Il y a 10 ans
Samedi, 12 avril 1997.
Cosmopolis

S’il on interrogeait les français sur leur culture cinématographique, les trois-quarts vous répondrait: « Oui j’ai vu Métropolis ». Même moi je m’y ferais prendre car à force d’en avoir vu toujours les mêmes extraits, on finit par se persuader l’avoir vu en intégralité. D’ailleurs le phénomène est le même pour tous ces chefs-d’œuvre avant-gardistes qu’il faudrait avoir vu ou lu mais à côté desquels on est passé pour cause de flemme.
Aujourd’hui j’ai vu, non pas un film, mais la réalité d’une ville aux antipodes de la vision pessimiste de Fritz Lang.
Une ville où un indien discute fringues avec une fille à l’accent italien et au nombril percé. Une ville où un black très rasta répond à son téléphone mobile sur son VTT. Une ville où des garçons vendent du rouge à lèvres à des filles qui, elles, vendent des voitures. Une ville où un espagnol vous sert un repas indien dans un restaurant «désigné» par un français. Une ville où les gens n’hésitent pas à s’habiller comme ils en ont envie, « en se foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes ». Une ville où des Deschiens boivent des bières avec des Lord Brett Sinclair. Une ville où les femmes de Chelsea sont aussi fières que les hommes d’avoir battu Wimbledon en demi-finale de la Coupe d’Angleterre. Une ville où un japonais peut apprendre l’anglais grâce à un pakistanais qui travaille dans un Mc Do. Une ville où les chauffeurs de taxi de tous âges et de toutes religions laissent traverser les piétons et ne débitent pas dix conneries au kilomètre. Une ville où les « toujours punks » et les « post-baba cools » vivent en harmonie autour du joint de l’amitié rigolarde. Une ville où l’on se moque de tout à commencer par soi-même.
Alors messieurs Le Pen, Mégret et consorts (en deux mots), prenez-en de la graine. La prochaine fois que vous viendrez à Londres, si l’on vous y accepte, n’oubliez pas de vous munir du sac en papier se trouvant près de votre siège d’avion. Il pourrait bien vous être utile lors de votre visite. Au détour d’une rue, vers Portobello, devant tant de bonheurs métissés, vous pourriez avoir envie de vomir.

mercredi 11 avril 2007

Clope au bec.

Cher Jacques,

Tu nous as quittés il y a trente ans déjà. Malheureusement, le grand dissolvant de l’Elysée qui s’appelle Jacques lui aussi est encore là pour une dizaine de jours.

Il faut que je te dise que les choses ont changé. Et bigrement.

Tu sais que la clope c’est quasiment fini. Bistrot-goldo, ça restera une image piquée par l’œil de Doisneau. Dans neuf mois, plus moyen de s’en griller une au zinc en attendant une belle fille ou un verre de blanc-cassis.

Tu sais que les gens se font toujours la gueule et la guerre. Et pas plus tard que tout à l’heure comme aurait pu dire Michel Simon, une bombe a pété à Alger.

Tu sais que le nouveau pape Benoit XVI (pas Louis) veut restaurer la messe en latin.

Tu sais qu’en ce moment c’est la campagne pour l’élection du Président. Les candidats se donnent des noms d’oiseaux mais pas pour en faire un tableau.

Tu sais qu’Yves Montand a voulu faire de la politique.

Tu sais que tu ne reconnaitrais plus Neuilly sur Seine.

Tu sais que le parti communiste fait à peine 3.5% des voix et que le Front National était au second tour en 2002.

Tu sais que j’ai donc été obligé de voté pour Chirac.

Tu sais que Juliette est toujours aussi belle.

Tu sais que Barbara ne pleure plus. Ni à Brest ni à Nantes.

Tu sais que la Série Noire existe encore.

Tu sais que les enfants apprennent tes poèmes dans des écoles qui portent ton nom. Et que dans des classes de théâtre, ces mêmes enfants jouent sur tes mots.

Tu sais qu’hier dans le métro parisien des gens se sont donné rendez-vous pour boire l’apéro.

Tu sais que tu nous manques.

Et passe le bonjour à Raymond Bussières pendant que vais en griller une dernière.


Salut mon Prévert.






Il y a 10 ans
Vendredi, 11 avril 1997.
Ici Londres.

Dans l’Eurostar qui file à plus de 200 à l’heure sous la Manche, j’ai cru entendre des voix. Comme le crin-crin d’une T.S.F. qui bourdonnait dans mes oreilles et qui me disait:
« Le prix des jaquettes et des jupettes est en chute libre, je répète le prix des jaquettes et des jupettes est en chute libre »
« Les tribulations de l’homme à la tête de veau en Chine sont dangereuses, je répète les tribulations de l’homme à la tête de veau en Chine sont dangereuses »
« Même les oreilles de Mickey sont sur écoute, je répète même les oreilles de Mickey sont sur écoute »
« Celui qui a retrouvé l’émission Perdu de vue est prié de ne pas la rapporter à la télé, je répète celui qui a retrouvé l’émission Perdu de vue est prié de ne pas la rapporter à la télé»
« Sur le terrain des parisiens, les Reds ont été mous, je répète sur le terrain des parisiens, les Reds ont été mous »
« Cléo garde les sous du RPR en Suisse, je répète Cléo garde les sous du RPR en Suisse »
« Il n’y aura pas d’élection anticipée, ni en Chine, ni au Zaïre, ni en Albanie, ni en Iran, ni en France, je répète il n’y aura pas d’élection anticipée, ni en Chine, ni au Zaïre, ni en Albanie, ni en Iran, ni en France »
« Wake up Madame Placard, I repeat, wake up Madame Placard »

J’ai dû m’endormir.
Le terminus du train à Londres s’appelle Waterloo. C’est bien une idée d’Anglais ça!

mardi 10 avril 2007

Nom de Dieu.

Je tombe encore de ma croix ce matin en lisant le journal. Le procès en béatification du professeur Jérôme Lejeune serait ouvert. Ça canonise à tout va au Vatican. Après Jean-Paul II guérissant le Parkinson de Sœur Marie-Simon-Pierre (voir chronique du samedi 31 mars), l’Archevêché de Paris ou bien le Père Jean-Charles Nault de l'abbaye bénédictine de Saint Wandrille proposeraient à l’élection du calendrier suprême la candidature du plus illustre des défenseurs anti-avortement.
Le professeur Jérôme Lejeune découvre en 1958 l’existence d’un chromosome en trop sur la 21e paire d’un handicapé mental. C’est la Trisomie 21. La génétique moderne est née.
Formidable. Sauf que … Jérôme Lejeune, fervent catholique, et le mot fervent est un doux euphémisme, va devenir conseiller scientifique de l’association « Laissez-les-Vivre - SOS Futures Mères », première association anti-avortement de France fondée en 1971.
L’éminent chercheur fait du fœtus un être humain à part entière. Il considère la pilule abortive comme « premier pesticide humain ». Joli programme. Selon Jean-Claude Magnier de l’Association Nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception, le professeur Lejeune aurait tout fait dans les années 60 pour bloquer les recherches sur le dépistage de la trisomie.
A sa mort est créée la Fondation Jérôme-Lejeune qui défend bien sûr les thèses du défunt. Dernièrement, un proche de la Fondation a fait scandale en demandant le « boycott » du Téléthon. Son nom : Pierre-Olivier Arduin, responsable de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus Toulon.
Tout ça ne sent encore une fois pas très bon. Après les propos récents de Nicolas Sarkozy sur les gènes de la pédophilie et de la tendance suicidaire, j’ai vaguement l’impression de régresser, de remonter vers des temps moyenâgeux, vers des contrées américaines où un président fait sans cesse référence à la bible et où créationnistes et sectes anti-IVG frappent sans souci des représailles.
Mais pour disposer du « diplôme » de saint parmi les saints, il faut un miracle du professeur Lejeune.
Celui de faire disparaître le mot « amniocentèse » du dictionnaire peut-être ?





Il ya 10 ans
Jeudi, 10 avril 1997.
Rien à lire.

Vous parler des suites du drame humain au Zaïre et des prochaines 150 000 victimes, pas possible, pas de journaux.
Vous parler des écouteurs écoutés et du secret défense qui embarrasse Juppé pas possible, pas de journaux.
Vous parler des enjeux hautement stratégiques du match de football Paris Saint Germain contre Liverpool, pas possible, pas de journaux.
Vous parler d’une colombe bien mal en point dans son lit de SDF quelque part dans la banlieue de Jérusalem, pas possible, pas de journaux.
Vous parler des comptes en douce et en Suisse des Centristes, pas possible, pas de journaux.
Vous parler du prochain voyage en Chine du V.R.P. multicarte Chirac spécialiste en tout (stylo à bille, train, cassoulet, arme
automatique ...), pas possible, pas de journaux.
Vous parler des derniers ragots de ma copine Georgette la kiosquière du coin de ma rue, pas de chance je ne suis pas allé la voir ce matin, pas possible, pas de journaux.
Vous parler des raisons qui ont poussé les syndicats du Livre et des NMPP à faire grève, pas possible, pas de journaux.
Vous me direz que pour s’informer il suffisait d’écouter la radio ou d’allumer sa télé. mais cette fois-ci c’est moi qui, aujourd’hui, ai décidé de faire grève.

lundi 9 avril 2007

La dérive des incontinents.

Dans le dernier numéro du magazine Géo, vous pouvez, soit partir à la découverte de la Toscane (ce qui fait envie), soit voyager dans le temps sur notre « bonne vieille » terre et vous projeter dans 250 millions d’années (ce qui fait beaucoup moins envie).
A cette date, les scientifiques ne précisent pas si ça tombe un lundi, comme pour ne pas gâcher la semaine à venir, l’ensemble des terres émergées se seront réunies à nouveau. Ce supercontinent que les chercheurs appellent « Pangea Ultima » ne sera entouré que d’un seul océan. Cent millions d’années auparavant, L’Afrique et L’Europe auront déjà fusionné. Plus d’espace Schengen, plus de ministère de l’Immigration et de l’identité nationale, plus d’identité nationale du tout. Sans doute plus de nations, plus d’humains, plus d’espèces animales ou végétales. En tout cas une chose est sûre plus de Sarkozy, de Le Pen ou de De Villiers pour faire flipper les pauvres gens autours de thèses plus malodorantes les unes que les autres.
L’énervé de Neuilly, a même osé il y a peu, sortir d’un tiroir que l’on croyait oublié depuis la deuxième guerre mondiale, des propos terrifiants. Interrogé par le philosophe Michel Onfray, le candidat à la présidence de la République a prétendu que les tares humaines quelles qu’elles soient étaient d’origine génétique. Il n’y aurait donc pour chacun d’entre nous plus aucune chance dès sa naissance. Le destin serait écrit dans notre ADN. Certains éminents scientifiques comme le généticien André Laganey, ont vu dans ses déclarations des réminiscences de « ce que voulaient faire des gens pendant la seconde guerre mondiale ».
Selon Sarkozy, la pédophilie mais aussi les tendances suicidaires ou l’homosexualité seraient explicables génétiquement. Comment peut-on prétendre ça aujourd’hui, quand on sait qu’en Allemagne, entre 1934 et 1945, 400 000 habitants ont été officiellement stérilisés par qu’ils étaient aveugles, alcooliques ou schizophrènes ?
D'autres pratiques, hors cadre légal, ont été utilisées pendant cette période pour éliminer les personnes indésirables (criminels, délinquants, asociaux divers...) comme la castration des criminels sexuels et homosexuels, la stérilisation des enfants métis ou l’extermination des tziganes et des juifs.
Pourquoi le dire aujourd’hui, si ce n’est pour labourer les plates-bandes du FN ?
Mais que disent Simone Weil et Jacques Chirac pourtant prompts à brandir le glaive face à la menace extrémiste ? Et que dit Bernadette qui vient d’apporter son soutien tout chaud au petit Nico ?
Aujourd’hui, malgré le thermomètre qui indique 22° à l’ombre, j’ai froid dans le dos. Froid comme il y plus de 2.5 milliards d’années, quand les terres ne faisaient déjà qu’une.




Il y a 10 ans
Mercredi, 9 avril 1997.
Ne changeons pas les rôles.

Qui de l’oeuf ou de la poule? Question angoissante qui restera sans réponse pour les siècles et les siècles. Amen. N’est-ce pas Monsieur Théodore Monod qui fêtez vos quatre vingt quinze printemps aujourd’hui et qui affirmez que l’homme ne passera pas l’hiver sur cette planète qu’il mutile chaque jour. Le plus tard sera le mieux et si possible pas avant ce soir, il y a un match de foot à la télé et ça risquerait d’énerver mon époux.
Ce qui va suivre n’a rien à voir mais la gravité de la question initiale mêlant l’objet à omelette et le gallinacé va vous revenir au visage comme un boomerang.
Aujourd’hui est revenu en France (trois jours après son anniversaire) un étrange personnage qui s’appelle Charles Sobhraj. Incarcéré en Indes pendant vingt ans (moins les petites évasions) et enfin extradé il est accusé de plusieurs dizaines de meurtres par la justice française. Charles Sobhraj, dit « le Serpent », s’en fout, il a décidé de monnayer son histoire, sa vie, ses crimes. Déjà deux livres sont parus à la gloire de ses méfaits. On lui proposerait 250 000 dollars pour écrire ses mémoires. Yves Rénier, commissaire de Police et de paillettes à la télévision veut réaliser un film sur ce criminel. On marche sur la tête. Faut-il être un aventurier assassin pour se faire des millions dans l’édition? Les scénaristes de film sont-ils si peu inspirés qu’ils attendent le coup de téléphone d’un serial killer qui leur dirait: « Ne vous inquiétez pas, je vais vous tuer une douzaine de personnes, treize si vous êtes sages, je prends des notes, quelques photos, préparez le chèque, en attendant je vous faxe mon C.V. ». C’est le monde à l’envers, à l’image de ces américaines dérangées du bulbe qui tombent amoureuses de monstres sanguinaires attendant la peine de mort dans quelque prison d’état. Il serait temps de mettre fin à cette inversion des rôles et de revenir au bon vieil adage « The right man at the right place ». L’homme Protée, cher aux commentateurs de rugby, n’existe pas.
L’acteur Bela Lugosi se prenait pour son personnage de Dracula au point de dormir chaque soir dans un cercueil. Une névrose qui, heureusement, ne touche pas la majorité des comédiens sauf peut-être Jean-Pierre Léaud qui se prend pour Jean-Pierre Léaud.
Pour finir ce chapitre un tantinet morbide, partez à la découverte de James Ellroy, un romancier très noir et très américain qui s’est mis à l’écriture après avoir renoncé à devenir criminel pour venger le meurtre de sa mère. Commencez par le Dalhia Noir et plus, si affinité.

P.S.1: Bon anniversaire à Catherine qui fête ses jolis 34 printemps aujourd’hui.

P.S.2: N’allez pas voir le film d’Yves Rénier s’il sort un jour. Revoyez plutôt Le Limier de Jo Mankiewicz où Laurence Olivier et Michael Caine sont géniaux dans le genre qui est qui et qui manipule qui?

dimanche 8 avril 2007

A l’eau de rose.

Dernière séance. Hier soir, dîner en amoureux et séance de cinéma avec mon mari. Les enfants sont ailleurs. Vacances. Un samedi soir comme dans les roman de Barbara Cartland. Une copine très hype, super tendance, branchée zen attitude, karma, yoga et soja m’a conseillé « Come Back » le dernier film avec Hugh Grant.
En ce moment je suis très « come back » alors pourquoi pas ?
L’histoire : une ancienne pop star des années 80 est aujourd’hui has been, mais chante encore devant quelques midinettes quadra ses tubes des années oubliées. Le chanteur se nomme Alex Fletcher, mais vous pouvez mettre George Michael à la place tant le groupe Pop dont Alex faisait parti ressemble à s’y méprendre au fabuleux Wham de ce bon vieux George.
Une chanteuse furieusement à la mode (là aussi les scénaristes ne se sont pas foulés pour copier la bombe Shakira) lui demande de lui écrire une chanson.
Incapable d’aligner trois mots par écrit, l’égérie des 80’s va tomber sous le charme de Drew Barrymore venu arroser les plantes de son appartement new-yorkais. La pétulante Sophie Fisher se révélera une parolière tombée du ciel.
Voilà, dit comme ça, vous ne sautez pas au plafond. Une romance fastoche, un couple savamment markété par Hollywood et le tour est joué.
Détrompez-vous. Hugh Grand est comme à chaque fois « irresitibeul », les chansons bigrement efficaces et Drew Barrymore croustillante et désarmante à la fois. Les dialogues entre les deux « lovers » fonctionnent à merveille, et cerise sur le gâteau, les second rôles sont bons, en particulier celui de Lucy, la sœur aînée de Sophie, raide dingue d’Alex et jouée à la perfection par Emma Lesser.
Bref un bon moment qui plus est très écologique puisqu’il ne vous fait pas griller trop de neurones.

PS : les filles ne ratez pas le retour du come back de George Michael 2. L’an passé je suis allée avec des copines le voir à Bercy (Tournée « 25 live »). Toujours aussi sex même s’il n’a pas chanté assez de vieux tubes. Georgios Kyriacos Panayiotou revient au Stade de France le 22 juin. C’est mieux que Zizou et Lizarazu !




Il y a 10 ans
Mardi, 8 avril 1997.
Au piquet les garnements.

La scène se passe dans une chambre d’enfants. Des jeux de construction, des voitures et des camions miniatures jonchent le sol. C’est une vraie bataille rangée.

Benyamin
- « Maman, Yasser y fait rien qu’à m’embêter. Y dit que ça c’est son territoire et que moi j’ai pas le droit de faire un immeuble en Lego.
Yasser
- C’est même pas vrai. D’abord c’est moi qu’étais là avant lui. Il était même pas né que je jouais déjà là. Et pis ces immeubles y sont pas beaux.
Benyamin
- Mais maintenant ici c’est à moi, je fais ce que je veux. Aïe, aïe, aïe arrête Yasser de me donner des coups de pied. Tu vas voir, je vais mettre mon déguisement de Batman et je vais t’écrabouiller.
Yasser
- J’ai même pas peur de ton pistolet parce que moi j’ai des pierres et des copains qui viendront me défendre.
Benyamin
- Et ben si tu me jettes des pierres j’irai voir papa qui te donnera une fessée.
Yasser
- Nananère, j’irai voir mon papa, j’irai voir mon papa. t’es qu’un peureux et de toute façon t’as toujours été le chouchou de la famille. Si tu me dénonces à papa, j’irai voir tonton Jacques et tonton Helmut.
Benyamin
- Y sont même pas forts tonton Jacques et tonton Helmut. C’est papa qui les commande.
Yasser
- C’est même pas vrai.
Benyamin
- Si même que c’est maman qui me l’a dit.
Maman Madeleine
- Arrêtez les enfants et rangez-moi votre chambre sinon j’appelle papa.

Alerté par le vacarme, papa Bill arrive près de la porte mais n’ose entrer.

Papa Bill
- Benjamin, si tu continues je te supprime ton argent de poche.
Benyamin (boudeur mais rigolard)
- C’est même pas grave.
Papa Bill
- Et toi Yasser, tu n’as pas intérêt à ramener tes méchants copains à la maison. La dernière fois on aurait cru qu’un cyclone était passé.
Maman Madeleine
- Faites ce que papa vous a dit et rangez votre chambre tout de suite.

Les deux parents innocents s’éloignent. Derrière la porte on entend encore des cris de dispute. Puis un grand bruit. Puis plus rien.

samedi 7 avril 2007

L'eau du robinet

Hier j'avais déjà mis l'eau sur la table. Au menu du jour, voici la chronique écrite il y a pile poil 10 ans. Malheureusement elle n'a pas pris une ride.

Je ne sais pas si vous connaissez la Bretagne? Non. Alors je vais vous faire une courte description d’un coin charmant. D’un côté la mer, un petit port de pêche et quelques fières maisons bourgeoises plantées le long de la plage centrale. De l’autre des prés (verts), des champs (de blé), de jolies vaches (noires et blanches) et des bosquets (garnis). Quelle chromo idéale n’est-ce pas? L’image d’Epinal qui a du rendre vert de rage Monsieur Seguin quand il a vu les affiches de la campagne (c’est le cas de le dire) de Mitterrand en 1981. Car ne vous inquiétez pas, il ne manque même pas la chapelle pour compléter le tableau qui fleure bon l’iode et la bouse de vache. Jusque là rien de plus naturel. Pas d’usine, de périphériques embouteillés. Le stress et les dioxydes de carbone ont laissé leurs souliers à l’entrée.
Et pourtant, sur cette carte postale bucolique, quelque chose n’est pas potable. Pas les filles du coin qui sont plutôt mignonnes, mais l’eau, tout simplement. Pas buvable. Dégueu. Nitratée à souhait. Comment est-ce possible?
Demandez d’abord aux agriculteurs et aux éleveurs de porcs. Les uns ont la main plus que lourde sur les engrais et les autres bâtissent à tout va de nouveaux bâtiment, sans autorisation, pour produire encore plus de têtes.
Certains même n’hésitent pas à « engraisser » leurs terres à quelques mètres des rivières. Les nappes phréatiques sont de plus en plus touchées et même les eaux du littoral sont pleines d’algues vertes, ce qui fait un peu désordre sur la belle photo de vacances.
Tout ça pour manger des cochons qui ont de moins en moins de goût et qui rapportent de moins en moins à leurs éleveurs. Tout ça pour des surplus céréaliers inutiles sauf aux Jeux Olympiques du rendement à l’hectare.
S’il vous plaît les hommes de la terre, respectez votre mère nourricière. Halte à l’extension sauvage des élevages et aux rendements maximum.
Après nos amis paysans, demandez à la toute puissante CGE (Compagnie Générale des Eaux) riche à milliards (1,95 milliards de francs en 1996 et au moins 5 milliards prévus en 1997). Une partie de cet argent pour moderniser et rendre plus performantes les usines de traitement des eaux, ce serait normal, non? Malheureusement Monsieur Messier, grand argentier de la CGE, préfère investir dans la téléphonie mobile, la communication et autres outils du troisième millénaire en oubliant son métier de base. Il oublie, ce monsieur, qu’il y a des milliers d’années l’eau était déjà là, propre, saine et source de vie. Alors un « petit » effort de quelques millions et le tour est joué. Ces quelques millions, Monsieur Messier, ne sont qu’une goutte d’eau dans votre océan de bénéfices. Mais quelle jolie goutte d’eau cela ferait dans mon joli paysage du début.

vendredi 6 avril 2007

Les pieds dans l’eau.

Début d’un week-end de trois jours. Soleil au programme. Des kilomètres de pots d’échappements sur les routes. Direction le sud, le grand ouest, la Normandie ou la baie de Somme. Enfin, l’envie de voir la mer, de retrousser les pantalons et faire ses premiers pas de l’année dans l’eau salée, comme en 1936 pour ces congés payés qui ne servaient pas vraiment à s’acheter des strings.
Les experts du GIEC réunis à Bruxelles ont publié un diagnostic alarmant des impacts du réchauffement climatique.
Selon eux, dans 70 ans, jusqu'à 3,2 milliards d'êtres humains souffriront de sévères pénuries d'eau et 600 millions n’auront plus rien à manger. Des régions côtières entières pourraient subir de graves inondations. Sachant que ces zones sont souvent surpeuplées ont imagine le drame (Etats –Unis, Afrique de l’ouest, Asie ...). D’autres conséquences sont dramatiques comme la disparition de 20 à 30% des espèces animales ou végétales. Et tout ça si la température moyenne de la planète gagne 1.5° à 2.5°.
La Chine, l’Arabie Saoudite, la Russie et les Etats-Unis ont contesté certains passages du texte de la conférence du GIEC. Faut-il s’en étonner? Passons.
Le plus grave dans tout ça c’est que se dessine à l’échelle d’une vie un déséquilibre total des rapports de force entre les peuples. Après les guerres idéologiques, les guerres de religion, les guerres de l’énergie, se prépare peut-être la plus meurtrière d’entre elles, la guerre de l’eau. Une guerre qui plus que toutes les autres accentuera si besoin était le fossé entre les riches et les pauvres. Riches et pauvres du Nord et du Sud mais surtout riches et pauvres d’un même pays.
Vitale, l’eau c’est 60% de notre corps, 76% de notre cerveau et 79% de notre cœur. Aujourd’hui certains cerveaux de dirigeants ou de futurs dirigeants ne semblent pas assez irrigués. Dominique Voynet, entendue tout à l’heure sur RTL dans « On refait le monde » expliquait combien était difficile la lutte pour l’écologie au sein d’un gouvernement quand le nombre des sièges à l’Assemblée et le partage des pouvoirs comptent plus que le nombre de pesticides (24 !) qui servent à traiter une pomme.
Moins de 150 ans après les premières vacances populaires au bord de l’eau, nous n’auront peut-être plus besoin d’aller aussi loin pour trouver la mer.
Y aura-t-il d’ailleurs encore des vacances quand la préoccupation première de chacun sera de boire et de se nourrir.
Y aura-t-il encore un écologiste pour crier dans le désert ?
Les petits fils de Bush Junior, de Poutine ou de Hu Jintao n’auront sans doute que leurs yeux pour pleurer.
Quel aura été le prix de ces larmes ?




Il y a 10 ans
Dimanche, 6 avril 1997.
En plein dans le 2000.

C’est quoi mille jours? Beaucoup et en fait rien du tout. Ces mille jours qui nous séparent du 1er janvier 2000, c’est beaucoup de temps perdu et encore rien à voir. Beaucoup de grands mots, de belles idées, de vaines promesses mais surtout rien de concret, d’efficace, de mesurable qui pourrait changer la face de notre petit monde nombrilistico-archaïque salué par Hale Bopp il y a à peine une semaine.
Méditez bien cela Monsieur Juppé au lieu de claquer notre argent dans de vains projets utopiques. Faites déjà ce pour quoi le Grand Corrézien a été élu et je vous donnerai une médaille, comme Satanas à Diabolo. Une sorte de récompense en forme de sauf-conduit pour passer tranquille le réveillon du 31 décembre 1999, sans que personne ne vienne vous casser les pieds et pour voir grandir votre fille. Sinon vous risquez de passer un très mauvais troisième millénaire.
Refermons cette parenthèse Matignonesque et rêvons. C’est vrai que ça fait encore rêver cette limite, cette frontière au delà de laquelle le réel se fait science-fiction. Dans les années 70, je lisais avec fébrilité les pages consacrées aux nouvelles technologies dans un ouvrage à couverture rouge qui s’appelait « Tout l’univers ». A l’époque on faisait de l’an 2000 le tatouage du temps qui allait marquer au fer rouge la Nouvelle Histoire de l’Humanité. Pêle-mêle on y découvrait le mode de vie « de dans trente ans ». Les fameuses pilules repas où avec trois cachets on remplaçait l’oeuf mayo, le petit salé aux lentilles et le camembert bien fait (pour le vin je ne m’en souviens plus). Les fusées à décollage vertical qui allaient se porter en sac à dos pour se déplacer sans la moindre difficulté. Les trains sur coussins d’air et les avions supersoniques qui cassaient les murs du son avec la même célérité que met Netanyahu à monter des parpaings pour narguer les Palestiniens.
Ce monde imaginé par « Tout l’univers » était un paradis digne d’Orwell, Wells, Kubrick et Spielberg réunis.
Mais pas de chance, pas de pilule magique pour économiser le temps des repas et donc prendre le temps de lire. Les hommes sont bien partis dans l’espace, mais les hommes se foutent toujours sur la gueule, s’entre-tuent et détruisent la planète. Les hommes laissent crever leur voisin en attendant un miracle venant de Wall Street, du Pape, du chef de gare ou de la main de ma soeur.
Mille jours c’est en fait pas assez pour apprendre par coeur la collection complète de « Tout l’univers » ou tous les épisodes de Star Trek.
Mille jours c’est en fait juste ce qu’il faut pour que chacun sur terre apprenne ces quelques vers de Prévert:

Des milliers et des milliers d’années
Ne sauraient suffire
Pour dire
La petite seconde d’éternité
Où tu m’as embrassé
Où je t’ai embrassée
Un matin dans la lumière de l’hiver
Au Parc Montsouris à Paris
A Paris sur la terre
La terre qui est un astre.