lundi 14 mai 2007

Cécilia.

“Cecilia, you're breaking my heart
You're shaking my confidence daily
Oh, Cecilia, I'm down on my knees
I'm begging you please to come home.”

Paul Simon et Art Garfunkel en 1970, deux ans après Mai 68 cher à Nicolas, avaient tout prévu. Une petite ritournelle qui doit trotter dans la tête du futur président. Madame n’est pas allée voter le 6 mai pour le deuxième tour. Enquête d’un journaliste du JDD. Il a vérifié dans les registres d’émargement conservés à la préfecture de Nanterre que la future (ex ?) première dame de France n’avait pas effectué son devoir civique. Libre à elle en effet. Mais depuis quarante ans on s’était habitué à voir Yvonne, Anémone, Danielle et Bernadette passer dans l’isoloir et immortaliser leur vote devant les photographes.
Ça doit être une forme de rupture dans tous les sens du terme.
Nicolas ira-t-il jusqu’à se mettre à genoux avec guitare et trémolos dans la voix pour lui demander de revenir à la maison?





Il y a 10 ans
Mercredi, 14 mai 1997
Dunk, coast to coast et compagnie.

Des amis m’ont emmenée hier à un match de basket à Villeurbanne, dans la proche banlieue de Lyon. C’était, m’avaient-ils expliqué, un match très important, une finale de play-off.
Le basket est un sport magique. En tout cas j’avais vraiment l’impression d’être sur une autre planète. La salle vibrait, criait, sifflait sans discontinuer et il y régnait une moiteur semblable à celle que devront ressentir les premiers hommes débarquant sur Mars.
Ce sport est passionnant puisqu’il s’y passe quelque chose à chaque instant. Je peux frimer aujourd’hui parce que mes amis m’ont initiée à ce « Sketba » cher à nos kids. Excuser l’emploi d’anglicismes mais ce sport en raffole. Sachez chères consœurs que dunk ça veut dire smash qui lui même est l’action de jeter violemment le ballon de haut en bas dans le panier. Pour se faire il faut soit être très grand, soit disposer d’une détente phénoménale.
Pendant plus d’une heure vous êtes sur les nerfs même si les tactiques de jeu vous passent largement au dessus de la tête:
« Là tu vois c’est une zone suivie d’un match up. » dit mon voisin de gauche.
« Mais si le coach ne fait rien ils vont marquer quelques paniers ligne de fond.» rétorque mon voisin de droite.
Ne me demandez pas d’explications, il me faudrait des heures et faire de jolis dessins. Il n’est pas très grave d’être ignorante de ces notions tactiques pour apprécier le spectacle.
D’ailleurs à côté de cela, le match de football entre le Paris Saint-Germain et Barcelone qui est passé ce soir à la télé était, pour ce que j’en ai vu, beaucoup plus ennuyeux que le match de basket.
C’est un signe car mon mari n’a pas, pour une fois, crié sans retenue devant le poste en frappant le malheureux canapé qui, bien qu’habitué au spectacle du sport à la télé, ne comprend toujours pas les raisons de ces tortures répétitives.
Le plus beau dans cette expérience d’un autre genre qui est d’assister « pour de vrai » à une compétition sportive, ce fut de voir, après la fin du match, des garçons et des filles de toutes tailles et de toutes couleurs s’amuser avec un ballon sur le parquet là où quelques instants avant, leurs idoles réussissaient des dunks.
Un moutard de cinq ans à peine, haut comme trois pommes se met à dribbler avec le ballon. Il fonce vers le panier, fait une passe à une fille à côté de lui et lui dit: « Tu vois j’ai fait comme Pluvy*... »

dimanche 13 mai 2007

Elyséewood.

« ... et le rideau sur l’écran est tombé ». Fin du festival du film de Madame Placard. Revenons aux choses dites sérieuses. Enfermée trois jours dans l’obscurité à revoir de vieux films ça donne une lumière différente sur les événements passés.
En sortant de mon petit palais des festivals, un rappel et un constat.
Sarkozy a gagné et Sarkozy est sûr de lui. Au point de ne pas vouloir faire comme ses prédécesseurs et bâtir un gouvernement de « récompensés pour services rendus » mais de ministres « professionnels ». Sûr également de son bon droit de vacancier de luxe. Et sûr de construire une image de chef de l’état moderne.
Les « spin doctors », ces gourous en communication de l’ex candidat continuent à parfaire leur boulot. Tout est calculé. Regardez comment Sarkozy sort de l’hôtel du Fouquet’s le lundi 7 matin. Pantalon en jean, chemise ouverte et blazer. « Friday wear » comme on dit dans les entreprises pour décrire la tenue d’avant week-end, décontractée mais pas débraillée. Escapade sur un yacht digne d’une star hollywoodienne, un peu à la Tom Cruise. D’ailleurs vous vous souvenez sans doute de la visite du plus célèbre des scientologues en août 2004 au ministère de l’économie et des finances du temps ou Sarko y était le boss. Une rencontre qualifiée d’amicale pour parler cinoche et relation franco-américaine dixit le petit Nicolas. Petit Tom et petit Nicolas sous les flashs des photographes. A qui profitait le « crime ». Aux dirigeants de la secte ravis de se faire une virginité ou au ministre ambitieux déjà soucieux de construire cette image aux antipodes de celle du président de l’époque plus proche du cinéma français d’après-guerre que de « Mission Impossible 3 ».
Flash back de campagne. Nous sommes le 14 janvier 2007, Porte de Versailles, Nicolas Sarkozy va être investi par l’UMP sans primaire, sans débat et sans contestation. Les experts en image du néo candidat ont tout prévu. Pas de tournage autorisé à toute personne extérieure. Les images fournies aux télés sont des images officielles estampillées UMP. Que du beau, la France de Sarko en haute définition et son THX. Même les figurants sont bons puisqu’ils crient et s’enthousiasment pour 80000 (chiffres UMP) alors que le hall où a lieu le show Sarko ne peut pas en contenir plus de la moitié. Pas de colère des média audiovisuels. Ils prennent les images et les passent en boucle sans mentionner leur provenance.
Retour au présent. Nous sommes à Versailles, à La Lanterne, résidence d’état des premiers ministres. Des images « volées », vous savez comme celles de la presse people avec un flouté qui vous fait croire au scoop alors que la star photographiée est consentante. Une caméra plein axe, sortie du domaine. Le grand portail est ouvert. Au loin on distingue le futur président chemise blanche ouverte sur peau bronzée (c’est fou comme on bronze vite à Malte !). Il raccompagne Claude Allègre, ancien ministre socialiste qui pointe du doigt les caméras. Cut. Le plan suivant est digne de la Maison Blanche. Sarkozy sort en short et T-Shirt. Un téléphone à l’oreille. Il fait quelques étirements et part pour son jogging entouré de gardes du corps. On a compris ce qu’on voulait nous faire comprendre. Sarkozy 2007 c’est comme Kennedy 1961. Un président jeune (Kennedy fut investi à 43 ans), un président actif et sportif, bref, un président star. Claude Guéant, ex directeur de campagne et futur secrétaire général de l’Elysée et Henri Guaino, plume du candidat et bientôt conseiller spécial du président méritent l’oscar du meilleur scenario. Une seule ombre au script, l’héroïne, Cécilia, n’en ferait qu’à sa tête. Caprice de star ou vrai malaise entre les deux époux. Elle ne serait même pas allée voter (info interdite de publication au JDD – Groupe Lagardère). Nos deux scénaristes vont nous trouver un joli rebondissement, n’en doutez pas, l’aventure continue.
Attention vous entrez à Elyséewood. La réalité n’est pas toujours celle que vous voyez.





Il y a 10 ans
Mardi, 13 mai 1997
Echec et maths.

Il paraît que l’homme est foutu comme le laisse entendre le titre à la Une de Libération aujourd’hui. Une créature de ce monde (Deep Blue) et mise au point par l’homme (IBM) a fait mieux que l’homme. Garry Kasparov, peut-être le meilleur joueur d’échecs de tous les temps, a échoué dans l’ultime partie.
A la question « L’homme est-il foutu? » je me demanderais plutôt « Qu’est-ce que la machine fait de mieux que l’homme? »
Tout simplement calculer plus vite.
A l’origine étaient les doigts qui, jusqu’à dix, suffisaient amplement; puis vint le boulier chinois qui permettait à son utilisateur d’effectuer très rapidement des calculs très compliqués. Aujourd’hui ce sont les microprocesseurs de Deep Blue qui calculent 200 millions de positions de pièces sur l’échiquier à la seconde.
Très bien, si ça peut demain aider à la recherche fondamentale, à la médecine, à l’amélioration de notre vie quotidienne.
Mais demain, Deep Blue, aussi Deep et aussi Blue qu’elle soit, ne pourra jamais écrire ces quelques lignes rapidement griffonnées sur papier et ensuite saisies sur mon ordinateur ... Apple.
Dans « Fictions », un recueil de nouvelles de Jorge-Luis Borges, une histoire intitulée « La Bibliothèque de Babylone » part du principe qu’il pourrait exister un endroit où se trouveraient toutes les oeuvres ayant été écrites voire même en train d’être écrites.
Dans cette nouvelle, une armée de chercheurs se battent pour mettre la main sur LE manuscrit qui expliquerait TOUT. Le pourquoi du comment de l’homme, de Dieu et des mobylettes bridées.
Un ordinateur, aussi puissant soit-il, ne pourra jamais écrire une oeuvre littéraire digne de ce nom en combinant à l’infini les lettres entre elles. Sinon vous risquez de vous ennuyer ferme en lisant les livres de Deep Hugo ou de Deep Balzac; comme par exemple cette Légende des siècles de l’an 2000 qui commencerait ainsi: « kjhr e§rgh k&jgk z! gfb5bb fg5 pùae ryé’ $``$kjre&ô mv v aka klkOOUNkiar jr25a kkrv akr `%Srku ejhrklk jel ... »
Restons calme et serein, la machine est bête, l’homme est intelligent (sauf quand il adhère au Front National).

samedi 12 mai 2007

Et le placard d’or est attribué à ... « Sunset Boulevard » de Billy Wilder.

« Cinéma is entertainment ».Ce n’est pas moi qui l’ai dit mais Kirk Douglas un soir, il y a un bout de temps lors d’Apostrophes de Bernard Pivot. C’est marrant comme cette phrase est restée gravée dans ma mémoire. Le cinéma est fait pour divertir. Soyons un peu savante: le mot divertir vient du latin divertere qui signifie distraire, amuser, recréer. Le préfixe « re » a son importance. C’est tout l’espace qui sépare la réalité de la fiction.
Le vrai cinéaste me raconte une histoire, je sais qu’il me raconte une histoire mais s’il me la raconte bien, j’oublie que ce n’est qu’une histoire.
Le mauvais cinéaste est celui qui ne réussit pas ce tour de passe-passe. Souvent parce qu’il ne sait tout bonnement pas écrire ni raconter des histoires, ou qu’il a pris de mauvais acteurs pour les jouer ou, pire encore, parce qu’il n’arrive pas à nous faire oublier qu’il y a une caméra quelque part.
Bientôt sera remise la Palme d’Or du 60ème Festival de Cannes. Puisse le jury se souvenir de cette phrase de Kirk Douglas au moment du verdict. Je me suis si souvent ennuyé à regarder ces films palmés comme des pieds. Pour éviter tout endormissement du type de celui causé par exemple par « L’arbre aux sabots », je vous propose mon Placard d’Or des Placards d’Or.
La toute première place est réservée (à jamais) à « Sunset Boulevard » de Billy Wilder.
Film des films. Film sur les films et le cinéma. Film sur le pouvoir d’envoûtement qu’exerce cette industrie sur nos cerveaux d’enfants, « Sunset Boulevard » me file à chaque fois le frisson. Pour avoir le plaisir de cette chair de poule, je me paye une séance au Mac-Mahon (Paris 17ème), à chaque fois qu’il est reprogrammé. Introuvable en cassette vidéo en France, j’ai piraté une vidéo américaine ramenée de New-York par un ami. Je la prête à qui veut succomber au charme vénéneux de Gloria-Norma Swanson-Desmond, ex star du muet, folle et persuadée de réussir un come back d’anthologie. Gloria Swanson y joue, pour ainsi dire, son propre rôle. Son valet est un ancien grand réalisateur des années 20, joué par Erich von Stroheïm qui dirigea dans la réalité Gloria Swanson dans « Quenn Kelly » en 1928. Il ne faudrait pas que j’oublie William Holden en scénariste désespéré prêt à tous les sacrifices.
Si la quadrature du cinéma existe, elle est quelque part dans ce film.
« Sunset Boulevard is entertainment ».

Je demande pardon à genoux à ces vrais cinéastes qui frappaient très fort à la porte des douze places. Pardon à Arthur Penn, Ernst Lubistch, Milos Forman, Gérard Oury, Jean-Pierre Melville, Martin Scorcese, George Cukor, Steven Spielberg, Robert Aldrich, Stanley Kubrick, John Ford, Orson Welles...




Il y a 10 ans
Lundi, 12 mai 1997
Nanard, Lecul, Molière, Seguin et les camionneurs.

Aujourd’hui débute le procès sur les comptes de L’Olympique de Marseille.
A mes compatriotes féminines, je rappelle que l’Olympique de Marseille n’est pas une marque de savon mais un club de football que dirigeait un certain Bernard Tapie. Caisses noires, abus de biens sociaux et vraisemblables tentatives de corruptions, le foot de Nanard est loin du jeu simple dont rêvent les enfants. S’il mérite comme tous les bandits de grand chemin qui l’ont accompagné, de prolonger son séjour derrière les verrous, il y a une chose que je laisserai à jamais au crédit de prince des roublards: celle d’avoir tenu tête à Le Pen comme aucun autre homme politique ne l’avait fait auparavant.

En feuilletant la presse quotidienne régionale, je découvre dans l’édition du 8 mai de L’Aisne Nouvelle, qu’un homme est inculpé d’harcèlement sexuel. Son nom: Bernard Lecul. Faute de goût, acharnement ou problème génétique, la justice tranchera.

Le théâtre français a tellement de mal à vivre qu’il a été décidé d’assurer sa promotion en plein Festival de Cannes. La soirée des Molières aura lieu ce soir. Si Louis XIV avait décidé de déclarer une guerre à chaque première d’une pièce de Molière, ce dernier s’appellerait encore Jean-Baptiste Poquelin.

Petit à petit Seguin fait son nid. Comme Juppé ne veut plus être Premier Ministre (ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui qui préfère un bon Bordeaux à une piquette à Matignon), ce faux débonnaire de Seguin sera bien obligé de s’y coller. Il aurait sans doute préféré attendre 2002 date des Jeux Olympiques des présidents. Mais le corrézien en a sûrement décidé autrement, lui qui se voit bien gagner une deuxième médaille d’or d’affilée dans cinq ans.

Pas de quotidien chez mon marchand de journaux ce matin, ça commence à bien faire. Il paraît que cette fois-ci c’est une grève de camionneurs. Quand on n’achète plus le Journal du Dimanche, à cause de ce supplément féminin inutile, plus cher et mal foutu, c’est long trois jours sans presse écrite.

vendredi 11 mai 2007

Placards d’or (suite).

La quatrième place est réservée aux « Enfants du Paradis » de Marcel Carné sur un scénario de Jacques Prévert.
J’ai l’air de radoter mais, comme pour « La nuit du chasseur », ce film a été décortiqué par beaucoup plus de critiques intelligents qu’il n’y avait de députés socialistes dans l’hémicycle pour s’élever contre une loi Sarkozy en première lecture.
Courrez le voir ou le revoir, c’est trois heures de poésie et de bonheur.
Si seulement l’évocation de ce chef d’oeuvre donnait envie à au moins une personne de lire ou relire n’importe quel livre de Prévert, je serais ravie de cet hommage au plus chouette écrivain français de ce siècle.

La troisième place revient à « La vie est belle » de Frank Capra.
Ne pas aimer les films de Frank Capra peut, à mon avis relever de l’enfermement psychiatrique pour haine inguérissable de l’homme. Ces films sont si justes, si beaux, si drôles et si émouvants qu’ils ne laissent normalement pas indifférent. Il y a toujours dans les films de Capra, un personnage en quête d’absolu, un absolu d’amour, de tolérance et d’accomplissement de soi, une recherche de vie réussie sur cette terre. Capra est un philosophe humaniste doublé d’un conteur hors pair. Un mélange d’Hermann Hesse et d’Andersen qui aurait vu tous les films de Chaplin.
Dans « La vie est belle », James Stewart, en tentant de se suicider, va faire la rencontre de son ange gardien. Ce dernier va lui montrer combien sa présence sur terre est indispensable pour ceux qui l’entourent. La scène de fin est si réussie que je pleure à chaque fois.
Cette parabole sur le bien et le mal est un vrai cours d’instruction civique. A côté, « Les ailes du désir » de Wim Wenders ressemblent à un chewing-gum sans goût qu’on aurait mâchouillé pendant des heures.
Tous les films de Capra sont beaux. Voilà c’est tout.

J’ai choisi de donner la deuxième place à « Voyage au bout de l’enfer » de Michael Cimino. C’est un film sur la guerre avec peu d’images de guerre. C’est un film sur l’amitié entre des hommes. Des hommes qui vont à la chasse et qui vont à la guerre. Des hommes qui jouent à mourir au Viêt-Nam et qui reviennent détruits, le cerveau comme passé au napalm. C’est bouleversant comme le mariage du début et l’ultime roulette russe de la fin. Si Besson est l’américain du cinéma européen alors Cimino est l’européen du cinéma américain. Au générique de ce film coup de poing au cœur et au ventre on trouvait: Robert de Niro, John Cazale, John Savage, Christopher Walken et Meryl Streep. Ca dure trois heures et ça les vaut.

Et le Placard d’or est décerné à ...
Rendez-vous demain.





Il y a 10 ans
Dimanche, 11 mai 1997
Temesta.

Insomniaques de tous les pays vous êtes sauvés. Réjouissez-vous, plus de cachets et pilules en tous genres.
Allez dès demain vous acheter un bon gros oreiller en plume d’oie. Finis les angoisses et les petits bruits obsédants de la nuit, désormais votre sommeil sera juste et bon. Ce remède n’est pas un truc de charlatan façon Morphéa de l’Abbé J’m’endors. Il ne s’agit pas non plus de compter les moutons et leurs clones, ni les cons ou les mises en examen des industriels français.
Rendez-vous dans votre vidéothèque préférée et achetez la collection complète des œuvres d’Ingmar Bergman.
Sa filmographie pourra vous permettre de vous endormir de façon différente chaque jour pendant un mois.
J’ai expérimenté cette médecine douce il y a déjà longtemps, quand, à mes retours du pensionnat, je me plantais chaque vendredi devant mon écran de télé pour regarder le ciné-club de Claude-Jean Philippe.
Quand la programmation était Bergmanienne je m’endormais systématiquement pendant la première demi-heure. Mes meilleurs sommeils, je les ai dus au « Septième Sceau », aux « Fraises sauvages » et à « Personna ».
Ma mère venait me réveiller au milieu de la nuit quand la télé pleine de neige éclairait pâlotement le salon.
Certains esprits perfides vous diront qu’une décoction de Rohmer, Téchiné, ou Wenders fera le même effet. Je veux bien les croire. Si aucun de ces cinéastes ne fonctionnent, passez à la drogue dure façon Rivette. Sinon, mais là votre cas est désespéré, relisez ce livre depuis le début sans respirer.

Post-scriptum: Pourquoi le Festival de Cannes honore-t-il ce suédois soporifique d’une Palme des Palmes? S’il ne l’a pas fait par le passé, à la bonne date de fraîcheur des films, c’est qu’il y avait une raison. La peur de voir mourir le bonhomme sans récompense a peut-être poussé ces messieurs bien pensants à sortir de leur manche ce trophée limite posthume.

jeudi 10 mai 2007

Placards d’or (suite).

Pas de Placard des Placards mais une huitième place pour « Le Père Noël est une ordure » de Jean-Marie Poiré avec toute la troupe du Splendid.
Choisi pour des répliques à pisser dans sa culotte, comme un « Tontons flingueurs » des années 80. Choisi aussi pour ses personnages cyniques et une foule de petits détails qui, à la « revoyure » sont encore source de fous rires. Comme par exemple cette scène, où Thérèse vient aider Pierre sur un escabeau pour réparer un fusible. Pierre plaque avec sa main son pantalon au niveau du bas-ventre au moment où Thérèse le frôle, comme s’il voulait faire croire à l’énormité de son engin...

Septième place : « Chantons sous la pluie » de Stanley Donen et Gene Kelly.
Parce que la comédie musicale m’a toujours fait rêver et qu’il fallait bien se résoudre à choisir entre « Parade de printemps », « Mariage Royal », « Brigadoon », « Tous en scène », « West Side Story », « Cabaret » ou « New-York, New-York ».
Ce film dont l’histoire se passe au moment de l’apparition du cinéma parlant est un bijou d’humour, d’émotion et de trouvailles. La preuve, la publicité s’est allègrement servie dans ces numéros aussi ingénieux les uns que les autres. Je n’oublierai jamais Donald O’Connor qui chantait « Make ‘em laugh » en sautant sur les murs, ni Debbie Reynolds, ni bien sûr Gene Kelly. Aussi athlétique et bondissant que Fred Astaire était divin et précis. Excusez-moi Monsieur Astaire de ne pas vous avoir glissé dans mon palmarès auprès de Ginger Rogers, Cyd Charisse ou Rita Hayworth.

Sixième place : « Blade Runner » de Ridley Scott.
Un film qui pousse à la dithyrambe parce qu’il n’est pas seulement un film de science-fiction très réussi. Sinon « La Guerre des Etoiles » ferait partie du palmarès. C’est d’abord un film humaniste où les Réplicants (Androïdes façonnés à l’image de l’homme par un génie démiurge et démoniaque) ont une âme plus sensible que celle de leur modèle.
C’est aussi un polar et une histoire d’amour, le tout dans un décor fantastique habité par des acteurs, eux-mêmes habités par leurs rôles, comme Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young ...
A ce jour, et sans avoir eu le temps de voir le « Cinquième élément » de Luc Besson, aucun autre film d’anticipation ne lui arrive à la cheville.

Cinquième place : « La nuit du chasseur » de Charles Laughton.
On a beaucoup écrit sur ce film unique de cet acteur qui ne l’était pas moins. Alors pour en savoir plus n’attendez rien de moi. Allez feuilleter les livres savants dans les librairies spécialisées. Et si vous ne vous procurez pas dans les plus brefs délais le DVD de ce film d’anthologie, je me permettrai de demander à Robert Mitchum, himself, de venir vous botter les fesses.





Il y a 10 ans
Samedi, 10 mai 1997
Dimanche 10 mai 1981, 20 heures.

Bien avant les histoires, les affaires, les révélations ou l’enfant caché, il était une fois un joyeux dimanche du printemps 81.
Je venais d’avoir vingt ans, toutes mes dents et une envie de croquer des rêves et de bouffer Giscard. Faut-il être jeune et innocent pour aimer la politique? Toujours-est-il qu’à 20 heures pile, lorsque le visage de Mitterrand a éclairé la télé, j’ai ressenti une émotion rare. Ma mère pleurait, je n’en étais pas loin. Mon père, dehors, faisait semblant de jardiner. L’affichage progressif de la tête du gagnant était pour lui pire qu’une séance de penalties en finale de la Coupe de France. Sept ans avant, le crâne chauve de Giscard apparaissant sur le petit écran avait laissé la maison dans un état proche de celui d’un plaisancier pris dans une tempête soudaine. Déboussolée, sans espoir.
Mais ce soir du 10 mai 1981, finis les cauchemars.
Le lendemain, de retour à Brest pour les études, nous avions avec quelques camarades, fleuri d’une rose, les tables des salles de classe. Ca n’avait pas plu à tout le monde, mais on s’en foutait royalement, le peuple avait gagné.
Aujourd’hui, ce n’est pas l’heure de faire les comptes et les règlements qui vont avec. Aujourd’hui c’est si bon de se souvenir qu’il y a seize ans, la politique était un mot merveilleux, pas encore gangréné par des abuseurs publics et un Front National jusqu’alors folklorique.
Il sera bien temps de faire le testament critique des années qui suivirent.
Pourquoi pas le 6 janvier 1998.

mercredi 9 mai 2007

Placards d’or.

Trêve. Clap de fin sur la campagne, séance de cinoche pour oublier un instant les excès des uns et les règlements de compte des autres.
Du 16 au 27 mai se déroulera à Cannes le 60ème Festival du film. L’occasion pour Madame Placard de faire son classement.
Voici douze films pour l’éternité. Le choix n’a pas été facile mais vous pouvez toujours y apporter vos coups de cœur et critiquer les miens.

Douzième place : « Les Tontons Flingueurs » de Georges Lautner.
Dialogué par Michel Audiard, ce film devrait se réciter dans les écoles à la place des vers poussiéreux de Ronsard ou Du Bellay. Bernard Blier et Lino Ventura y sont plus que parfaits en preneur et donneur de baffes: « En pleine paix y chante et pis crac, un bourre-pif ». Un hommage au cinéma populaire français trop souvent foulé aux pieds par les critiques, pour être quelques décennies plus tard porté aux nues sous prétexte d’être d’un kitsch follement désopilant. Audiard était un Monsieur, dommage qu’il achetait ses clopes au même rythme qu’un Humphrey Bogart ou qu’un Steve Mac Queen.

Onzième place : « Les Valseuses » de Bertrand Blier. Comme pour les « Tontons flingueurs » l’écriture de Bertrand (digne fils de son père) est dans le ton et dans le temps de son époque. Avec deux jeunes monstres comme Dewaere et Depardieu, sans oublier Jeanne Moreau, Miou-Miou et Isabelle Huppert le casting avait déjà 10 sur 10. Un film culte qui à chaque « revoyure » me fait me poser deux questions: à la fin, la DS dont les pneus crissent dans les virages de montagne va-t-elle se vautrer dans le ravin? Et pourquoi Patrick Dewaere s’est-il fait sauter la tête?

Dixième place : « La mort aux trousses » d’Alfred Hitchcock.
Parce qu’Hitchcock méritait d’avoir une place dans ce palmarès pour tous ces horribles et néanmoins jubilatoires moments qu’il nous a fait passer. Alors j’ai choisi « La mort aux trousses » plutôt que « Les oiseaux », « Psychose » ou « Les enchaînés ». Il y a tout dans ce chef d’œuvre. C’est du suspense aux petits oignons avec Cary Grant à son apogée et Eva Marie Saint qui nous donnent envie de faire l’amour dans un train. Et puis il y a James Mason...

Neuvième place : « Diva » de Jean-Jacques Beineix. Je ne sais plus si c’était son premier film, mais, en tout cas, il avait réalisé le coup parfait. Je me souviens que j’étais allé le voir à Brest dans une petite salle à sa sortie. J’avais lu le roman de Delacorta ce qui me donnait un peu d’avance sur mes camarades qui m’avaient laissé partir en éclaireur. Emballé par le film, j’en fais alors une bonne publicité, manque de bol le film reste très peu de temps à l’affiche. Heureusement (et pour une fois), les Césars réparèrent cette injustice quelques mois après. Le film devint un succès.
Je fus et reste enthousiasmée par le mélange des genres et le choix des acteurs. Polar lyrique qui vous donne envie d’acheter des disques d’opéra et de relire des bouquins de Spilanne, Hammett ou Manchette. Un film qui vous fait aimer les facteurs. Je me souviens de Richard Bohringer qui faisait un puzzle immense et bleu comme une vague et d’un tueur à gages qui n’aimait ni Beethoven ni les parkings. Je me souviens d’appartement-lofts à faire tomber, de reflets dans un enjoliveur, d’un phare au bord de la mer et de Jacques Fabbri qui n’était pour moi que « Schulmeister espion de l’Empereur ».
Mais qu’est devenu l’acteur qui jouait Jules, le facteur mélomane?




Il y a 10 ans
Vendredi, 9 mai 1997
... et les présentateurs du 20 heures s’en foutent (suite).

Le lundi 28 avril, il y a douze jours j’avais déjà poussé un coup de gueule. Rien ne s’est passé. Je vais bientôt pouvoir donner des cours pour apprendre aux autres à savoir pisser dans un violon.
Les réfugiés Hutus du Rwanda meurent toujours par centaines au Zaïre où rien n’est fait pour leur sauvetage. Pendant ce temps là, avec leurs brushings impeccables les présentateurs du 20 heures se demande qui des deux escrocs (l’ancien ou le nouveau) va s’occuper du pays et à combien de kilomètres de Kinshasa se trouvent les troupes de Kabila.
Si les Etats-Unis font semblant de faire régner l’ordre dans cette partie de l’Afrique, ce n’est pas une raison pour délivrer des commentaires aussi réfrigérés que l’attitude du gouvernement français dans cette histoire.
Messieurs les showmen du 20 heures il serait peut-être temps de sortir le grand jeu. Quand aura pour vous sonné l’âge de la retraite et que, les cheveux grisonnants vous vous regarderez dans la glace, j’ose croire que la honte de ne pas avoir bien fait votre métier vous rosira les joues. Sinon; c’est à désespérer de ce que vous appelez le quatrième pouvoir.

mardi 8 mai 2007

Moine.

Retraite, ascèse, profond repli sur soi pour habiter la fonction de chef d’état, tels étaient les mots empruntés aux nefs des églises qu’utilisait le candidat Sarkozy pour expliquer son besoin, s’il était élu, de se retirer un moment du brouhaha médiatique.
Certains le voyaient en robe de bure et sandalette, priant nuit et jour dans une abbaye retirée. Au pain sec et à l’eau. Transcender la fonction. ETRE en majuscule le président valait sans doute un sacrifice. Un véritable isolement lui aurait valu la sympathie de ses partenaires voire de ses adversaires, dans notre société judéo-chrétienne.
Mais point de Saint Nicolas ni de père Sarko à l’horizon.
A l’horizon plutôt un yacht de 60 mètres. A partir de 173 000 euros la location en basse saison pour une semaine !
Bon pour tout dire le chanoine Sarkozy s’est fait invité par son ami Vincent Bolloré (dixit Capital.fr). Le milliardaire breton (fret maritime, media, communication...) a mis à sa disposition son jet privé Falcon 900 EX pour faire Paris-Malte (Au fait ça fait combien le plein d’un jet pour la couche d’ozone ?). Bilan : une petite semaine de nabab pour un homme si proche du peuple et de ses préoccupations. On apprendra bien assez tôt, pour corser l’addition, ce qu’il y a avait dans les assiettes et dans les verres sur le navire et au Fouquet’s.
Symptomatique d’une attitude, d’une posture, l’ermite cinq étoiles nous a bien roulés dans la farine.
Mais rien n’est grave n’est-ce pas ? Pour peu que le monde s’indigne Le nouveau président et ses apôtres nous referont le coup de la diabolisation.
J’allais presque oublier le plus drôle. Le yacht s’appelle « Paloma ». Ça ne vous dit rien ? Si je vous dit « La paloma adieu, adieu c'est toi que j'aime / Ma vie s'en va mais n'aie pas trop de peine / Oh mon amour adieu ! ». Eh oui, Mireille Mathieu, la même que celle vue et entendue place de la Concorde au soir du 6 mai.


A noter pour rire (jaune) que Vincent Bolloré est le beau-frère de Gérard Longuet, sénateur UMP et proche conseiller de Nicolas Sarkozy. Gérard Longuet a été le co-fondateur avec Alain Madelin d’Occident mouvement d’extrême droite pro Algérie française. Gérard Longuet a aussi été impliqué dans plusieurs affaires judiciaires, notamment celle de la construction de sa villa de Saint-Tropez, ainsi que celle de l'affaire des marchés publics d'Ile de France où il sera relaxé contre l'avis du parquet. Et enfin, cerise sur le gâteau, Michel Roussin, ancien ministre de la coopération RPR et à de multiples reprises mis en examen dans le cadre du financement occulte de son parti, est le « Monsieur Afrique » du Groupe Bolloré.






Il y a 10 ans
Jeudi, 8 mai 1997
Y’a plus d’saison Madame Placard.

Je suis descendue deux fois de chez moi aujourd’hui et les quelques personnes que j’ai pu croiser m’ont toutes parlé comme si je m’appelais Sophie Davant.
- « Fait pas chaud aujourd’hui, vous pensez que ça va durer? »
Qu’est-ce que vous voulez que je lui réponde à cette brave dame qui fait la queue avec moi à la boulangerie. Je n’ai pas fait l’ENA des météorologues. Bientôt, pour tenir une discussion avec votre voisin, il vous faudra sortir avec vos cartes météo, avec les cyclones, les antis, la pluie et le beau temps. Mais comme je suis polie, je lui ai répondu:
- « La pluie ça fait du bien aux cultures et pour le blé c’est tant mieux car avec le blé on fait de la farine et avec la farine, du pain. Ca tombe bien non? »
Je n’ai pas eu un gros succès avec ma réponse, même auprès de la boulangère. Autour de moi les gens avaient plutôt envie de se plaindre.
- « Y’a plus d’saison. C’est la canicule en avril et la neige en mai. Moi qui avais rangé tous mes lainages à la cave. Ca nous gâche le week-end prolongé, on ne peut rien prévoir. »
Et bien justement c’est ça qu’est bien. Ne rien prévoir. En ce moment c’est l’overdose de prévisions. Les sondages, les indices, les tendances et les perspectives nous privent d’inconnu, de surprise.
En politique aussi y’a plus d’saison. Regardez ces législatives qui arrivent avec un an d’avance. Souvenez-vous des sondages aussi qui donnaient Balladur gagnant pendant l’hiver 95. Tout faux, au printemps, c’était Jacquot qui croquait le morceau.
Hier il neigeait en Touraine et il y a 52 ans, le jour de la signature de l’armistice il avait neigé sur la France. Comme quoi, un peu de mauvais temps ça peut avoir du bon.