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mardi 19 février 2008

Son dernier match.


Castro raccroche les crampons comme on dit dans le jargon des footeux.
L’homme qui a tyrannisé Cuba pendant près de cinquante ans tire le rideau.
Les photos qui ornent la Une et la page 6 du Monde de ce soir prêtent à rire. On y voit le Lider Maximo, en veste de survêtement siglé Adidas. Un comble pour un anti impérialiste d’arborer le logo d’une des marques les plus symbolique du libéralisme économique mondial.
Même vieux, Castro fait peine à voir.



Il y a 10 ans


Jeudi, 19 février 1998.
Bravo.

La guerre qui peut nous péter au nez plus vite qu’on ne le pense. Renault qui annonce 2700 suppressions d’emploi pour 1998 avec un bénéfice prévu de 4,6 milliards de francs. Le Pen qui risque encore de sortir indemne de son procès qui a débuté aujourd’hui à Versailles. Et Papon qui veut nous faire croire à ses histoires de papy fait de la résistance. Voilà une bonne série de raisons qui inciteraient au pessimisme le plus noir.
Eh bien non! Aujourd’hui je dis bravo aux trois spationautes qui nous reviennent de la station Mir et qui ont atterri hier quelque part au Kazakhstan. Bravo à Léopold Eyharts, le français, et au deux russes Pavel Vinogradov et Anatoli Soloviov. Bravo pour avoir réparé la station qui en avait bien besoin et bravo pour avoir mené à bien les expériences scientifique prévues.
Ça nous semble tellement naturel maintenant d’envoyer des hommes et aussi des femmes dans l’espace que nous n’y faisons même plus attention.
Alors posons-nous quelques minutes sur le bord de la route, levons les yeux au ciel et regardons ces étoiles. Merde, c’est quand même dingue de pouvoir satelliser des êtres humains à des milliers de kilomètres de chez nous.
Je ne sais si vous êtes comme moi, mais ça me file encore le frisson comme lorsque mon père nous autorisa à regarder en direct à la télé, l’alunissage du LEM et les premiers pas de Neil Amstrong sur la lune le 21 juillet 1969.
Bravo messieurs pour nous faire rêver et penser que, quand l’homme s’en donne la peine, il peut faire de grandes et belles choses.

lundi 21 janvier 2008

Rouge de honte.

Dans 200 jours la planète sport sera rouge. Toute rouge. Uniformément rouge.
Le 8 août 2008 s’ouvriront les Jeux Olympiques de Pékin, les 29èmes de l’ère moderne.
Des jeux qui seront parfaitement organisés ; tout est d’ailleurs déjà prêt.
Des jeux qui seront polis et souriants. Depuis quelques mois, les autorités donnent même des cours de sourire aux chauffeurs de taxis et des formations continues aux supporters pour apprendre à applaudir et à mettre de l’ambiance dans les stades. La spontanéité codifiée, on aura tout vu.
Mais des jeux qui feront tout pour masquer la pauvreté, la soumission, le malheur d’un peuple qui, dans sa grande majorité est brisé par ce néocapitalisme rougeoyant de gloire.
Les opposants sont emprisonnés jour après jour. Le régime « communiste » (encore !) a une peur bleue des contacts potentiels entre les 10000 journalistes qui seront sur place et ceux qui voudront témoigner sur leurs conditions de simples citoyens.
En 2001, quand la commission d’évaluation des candidatures était passée à Pékin, les autorités avaient, sur le parcours des officiels, repeint l’herbe en vert et bâti des faux décors de cinéma afin de cacher la misère de certains quartiers.
Des Jeux en trompe l’œil. Des jeux à la gloire d’un régime peu glorieux. Des Jeux pollués dans les têtes et dans les airs. L’équipe de dressage suisse vient de décider de boycotter ces JO en estimant que la santé de ses chevaux n’était pas garantie. Quand on sait que pour palier à ce problème les organisateurs avaient délocalisé la compétition d’équitation à Hong Kong, sous des cieux plus cléments, on peut se demander dans quelles conditions évolueront les athlètes du monde entier dans la capitale chinoise ?
Mais est-ce que cela a vraiment de l’importance ?
Hu Jia, 34 ans, a été arrêté le 27 décembre pour "incitation à la subversion" après avoir critiqué le régime et les JO. Cette accusation peut le faire croupir plusieurs années en prison.




Il y a 10 ans
Mercredi, 21 janvier 1998.
Le cauchemar de Le Pen.

« Ils sont partout, ils sont partout ... ».
Tel le somnambule moyen, Jean-Marie Le Pen erre entre les menhirs de Carnac. Sa chemise vole au vent de Suroît comme si l’Ankou n’était pas loin. Jean-Marie gémit, s’époumone en tentant de vaincre le bruit des vagues et des arbres.
« Ils sont partout, ils sont partout ... ».
La peur de disparaître le tenaille. Des ténèbres, il voit surgir des ombres multicolores. Soudain, une main l’agrippe. Il se retourne. Un japonais jovial l’éblouit avec son flash stroboscopique. Jean-Marie s’enfuit sur la lande. Les ajoncs lui griffent les mollets.
Il trébuche. Il saigne. Il veut crier. Aucun son ne sort de sa bouche, lui le tribun du FN. Il n’a plus de langue.
Par terre, le nez dans la bruyère il entend des voix qui parlent chacune une langue étrangère. Une main se tend pour l’aider à se relever. Il pense à ses faux amis du Parti, Bruno et Bruno. Mais où sont-ils?
« Appelez la milice de Vitrolles ou de Vichy qu’on en finisse », essaye-t-il de crier, en vain.
Un visage se penche vers lui, celui d’un Tunisien. Angoisse. Sur le visage du Tunisien se superposent celui d’un Camerounais, puis celui d’un Italien, d’un Russe, d’un Israélien, d’un Chinois, d’un Américain, d’un Turc, d’un Portoricain, d’un Indien et ainsi de suite comme dans un clip ultrarapide de Michael Jackson. La dernière image qu’aperçoit Jean-Marie avant de sombrer dans l’inconscience est celui du Japonais rieur et photographe.
« Ils sont partout, ils sont partout ... »
Gelé et en sueur, Jean-Marie ne sait plus où il habite.
Il se réveille, sort de son lit avec difficulté et pose le pied sur un journal qui traîne par terre. A la Une du quotidien on peut lire:
« Il y a eu 67 millions de touristes étrangers en France en 1997 ».

mardi 20 novembre 2007

C'est la luette finale.

700 000 selon les syndicats. 350 000 selon la police. La bonne règle de la division par deux aurait peut-être fait marrer Georges Marchais dont on « célèbre » en catimini, le dixième anniversaire de sa mort (voir ci-dessous).
Au fond de la gorge des manifestants, la luette, ce petit appendice qui sert à réguler la respiration et la déglutition, ne servira peut-être bientôt plus à rien.
Crier, s’époumoner dans l’air froid d’octobre ou de novembre, à quoi bon puisque les états-majors des deux camps se sont déjà causé et sont déjà sortis de la grève alors que vous aviez juste l’impression d’y entrer.
Avaler les décisions validées par ces mêmes deux camps est donc chose obligatoire, même si le goût reste amer.
La luette était hier un minuscule punching-ball où les revendications rebondissaient quand les mesures avaient du mal à passer. Aujourd’hui, au fond de la bouche, la luette n’est plus qu’une porte de saloon où s’éteint le cri de la rue.


Il y a 10 ans
Jeudi, 20 novembre 1997.
Registre de condoléances.

Jojo le coco est enterré dans son jardin,
Le dernier des dinosaures n’est pas enterré au cimetière des éléphants.
Le guignol de l’info annule ses prochaines représentations.
Fête de l’Huma, une merguez avariée, un mort.
L’homme de la rénovation laisse le parti communiste orphelin.
Bon débarras.
Qui va maintenant nous faire marrer?
Trois fois moins d’électeurs en vingt-deux ans, est-ce une catastrophe ou est-ce que ce sont les meilleurs qui sont restés?
Il n’avait pas fait l’ENA, lui!
Globalement négatif.
Mes amitiés à Staline, Brejnev, Mao et Ceausescu.
Mes amitiés à Aragon.
C’est la lutte finale...

Sur ce cahier des charges et décharges vous pouvez vous aussi rajouter une ligne pour Georges Marchais, mort et enterré ce jour à Champigny (Val de Marne).

lundi 22 octobre 2007

Guy le Rouge.

Une lectrice assidue (merci Carole) m’a mailé aujourd’hui un petit texte qui devrait faire son effet une fois lu à haute voix dans les Lycées de France. Une lettre écrite par un jeune militant, un poème trouvé dans sa poche le jour de son arrestation. Ce jeune homme avait 17 ans. Il s’appelait Guy Môquet.

Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos 3 camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades

Vous êtes tous trois enfermés

Mais patience, prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d'esclavage

Les traîtres de notre pays

Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d'ici
Pour instaurer le socialisme

Main dans la main Révolution

Pour que vainque le communisme
Pour vous sortir de la prison
Pour tuer le capitalisme

Ils se sont sacrifiés pour nous

Par leur action libératrice.

Conservateur du Musée de la Résistance nationale, Guy Krivopissko a publié « La vie à en mourir, Lettres de fusillés 1941-1944 », aux éditions Tallandier.





Il y a 10 ans
Mercredi, 22 octobre 1997.
Calculs et mentalités.

22%
C’est l’écart qui sépare le salaire moyen d’un homme et d’une femme en France. C’est énervant. En faisant du racisme à l’envers, je pourrais presque dire que c’est normal tant les femmes sont 11% plus intelligentes que les hommes et les hommes 11% plus cons que les femmes.
Et toc!

1+1= moins bien
Le projet de réforme du cumul des mandats fait, à l’heure actuelle, couler beaucoup d’encre. Afin d’éviter à certains de gesticuler pour rien, je propose un mandat et un seul. Ca donnera du travail à plus de monde et en tout cas cela aura le mérite de rajeunir et de féminiser la politique.
Les députés+maires+présidents de Conseils Généraux+présidents de sociétés d’économie mixte qui prétextent qu’il n’y a rien de mieux que le contact terrain pour être performant à l’Assemblée me font rire. Tellement performants d’ailleurs que ce devaient être eux les 430 absents sur les bancs lors du vote du budget.
J’ai moi-même du mal à faire parfaitement mon boulot en y consacrant 100% de mon temps, alors permettez-moi de douter de la capacité de ces cumulards à être efficaces sur deux ou trois jobs en parallèle. A moins qu’à l’ENA ils aient découvert le secret de la semaine de 21 jours. Sans compter ceux qui trouvent encore le temps d’écrire des livres. Ou bien ils les écrivent eux-mêmes et c’est grave car en attendant ils délaissent celles et ceux qui les ont élus. Ou bien ils les font écrire par d’autres ...
Ma seule crainte c’est le blocage prévisible de cette réforme par le Sénat. Quand on sait que cette chambre, peuplée de vieux chnoques dont je me demande à quoi ils servent, a été la dernière à accorder le droit de vote aux femmes, je peux être inquiète.

5 millions + 2 millions = 7 millions
Là, pas d’erreur de calcul; C’est le nombre officiel de personnes privées d’emploi en France. Est-ce que Monsieur Je-Sais-Tout-Sarkozy a une solution?

- 10 ans

Le 22 octobre 1987 disparaissait Lino Ventura. Je l’aimais bien. D’abord parce qu’il n’était pas un acteur qui « se la jouait ». Suivez mon regard Monsieur Delon. Ensuite parce qu’il me semblait profondément humain. La télé repasse ce soir « Dernier domicile connu ». Je ne l’avais jamais vu. Une bonne occase donc pour revoir du bon Lino ailleurs que dans sa cuisine.

mardi 24 avril 2007

Coquelicots.

Premiers coquelicots vus dans les champs. L’air de Mouloudji. Mélodie du souvenir. Un air d’après-guerre quand le PCF cartonnait avec 29% des voix. Les voix sont mortes. Le chanteur s’est tu. Avec 1.7% des suffrages, Marie-George ferme le buffet et jette la clé dans les champs de coquelicots.
Dernier couplet : Boris Eltsine, l’homme-vodka, est mort hier. Selon les uns « Absolut-beginner » d’une nouvelle Russie et selon les autres « Absolut-fossoyeur » de l’URSS. Pour cet ancien régime ou pour ce nouveau pouvoir des oligarques je n’ai nulle envie ni nostalgie.
Aujourd’hui les amis de Maurice Thorez (s’il en reste) ont pris un sacré coup de vieux.





Il y a 10 ans
Jeudi, 24 avril 1997.
30ème chronique comme je le pense.

Ca y est, un mois de bouclé à la sueur de mon crâne et à l’arthrose naissante de mes phalanges pour vous livrer mes coups de coeur quotidiens.
Quand on commence, on se dit que ce n’est rien, que ça se fait comme ça en claquant des doigts. En fait l’état de grâce, cher à tout nouvel élu, n’a duré, dans mon cas, qu’une petite semaine. Il est sûrement des femmes et des hommes qui écrivent facilement et qui ont le temps pour le faire parce que c’est leur métier. Comme les journées de Madame Placard ne font pas plus que vingt-quatre heures, il faut bien gagner du temps sur un emploi du même nom très chargé. Travailler huit heures par jour, faire les courses une fois par semaine, s’occuper des enfants, regarder un peu la télé et lire les journaux, ça ne laisse pas beaucoup de temps libre. Bien sûr il y a le sommeil et le temps passé au lit à faire des « choses futiles » mais on n’est pas des bêtes quand même.
Alors j’ai fait des sacrifices. Moins de télé, moins de lecture et un peu de temps pris sur les heures de travail et je ne m’en sors pas trop mal. Comme dirait l’autre, écrire une chronique tous les jours, ça se fait dans l’urgence. L’adrénaline de la dernière minute comme disent les sportifs.
Donc on en est là, avec trente jours au compteur. C’est drôle, mais ça me donne la pêche. L’envie de continuer. S’il y avait une seule raison ce serait les rendez-vous pris avec quelques personnes dont les noms peuplent les lignes de certaines chroniques et que je garde à l’oeil dans les mois à venir.
Ne vous endormez pas, Madame Placard veille sur vous.