jeudi 31 janvier 2008

Gamelle.

C’est la chute, la gamelle. Sarkozy est passé sous la ligne de flottaison des sondages. En l’espace de huit mois il est passé de 65% d’opinion favorable à 41% aujourd’hui. Plus de mauvaises que de bonnes opinions. Certains électeurs de mai, éblouis par le discours, l’attitude et les promesses du candidat sont en train de retourner leurs vestes.
Pendant ce temps, Fillon le sous fifre, l’homme qui exécute s’en sort plutôt bien avec 43% d’opinion favorable.
Pour faire court, les français ne voyant plus le chef tout puissant capable de renverser les montagnes et de faire grimper comme promis leur pouvoir d’achat ont décidé de sanctionner. A contrario, Fillon, le Poulidor du gouvernement, obtient encore les faveurs des français. Qui ne se sent pas, comme lui, sous pression permanente de son boss dans son entreprise ?
Le bling bling fait plouf

A suivre

mercredi 30 janvier 2008

Le Bankou (suite).

Le Président était pressé.
Depuis les élucubrations de l’autre président, il en avait ras le compte en banque. Bien sûr, cinq milliards ce n’était pas rien. Mais enfin c’était lui et sa poigne légendaire qui avait permis à cette foutue banque de redresser la tête au cours de la dernière décennie. En sortant de son immeuble où l’attendait Bertrand et l’Audi A5, il se disait qu’au cours d’aujourd’hui l’action avait quand même bien meilleure mine qu’en 1997 quand il avait repris les rênes du chariot. Il ne fit pas attention à l’ombre qui effleura la carrosserie noire et brillante de la limousine. Une main semblait avoir caressé le capot avec la douceur d’un prêtre posant ses doigts sur le front d’un mourant.

Le président était énervé.
Depuis ce matin il n’arrivait pas à se concentrer même sur les choses les plus sublimes. Il avait demandé à son chauffeur de glisser dans le lecteur CD l’interprétation de la Traviata de Verdi faite par la soprano Angela Gheorghiu à Covent Garden en 1994. Il était présent à ce concert et avait failli y pleurer de bonheur. Mais d’autres voix, comme des murmures grinçants venaient, à l’intérieur même de l’habitacle, perturber sa méditation.

Le président était embarrassé.
Il avait, ce soir, un rendez-vous prévu de longue date avec la confrérie des chevaliers du tastevin du Clos Vougeot. Difficile de maintenir dans son agenda de paria une rencontre dédiée au plaisir des sens. Et pourtant, il lui était difficile de rater la dégustation de ce soir. Au programme, un Grand Cru La Tâche, l’un des huit vins d’exception de Vosne-Romanée.

Bertrand avait vu le scooter traverser à la dernière seconde. Les voies d’accès à l’immeuble de la banque étaient en travaux sous La Défense. Un sacré bazar depuis plusieurs semaines. Bertrand manœuvra avec habileté. La direction de l’Audi grâce au blocage électronique de différentiel EDS répondit parfaitement au coup de volant. Le pilote du scooter s’en sortirait indemne. Mais le semi remorque qui livrait des poutrelles n’aurait jamais dû se trouver là, en face, sur la voie de gauche.

Un magazine anglais avait écrit un jour que le Grand Cru La Tâche était l’un des cents à goûter avant de mourir.
Le président ne goûterait maintenant plus à rien.

Le président était mort.






Il y a 10 ans
Vendredi, 30 janvier 1998.
Optimiste.

Quelqu’un qui me faisait le plaisir de lire mes modestes chroniques m’a demandé pourquoi je n’étais pas plus souvent « pour quelque chose » au lieu d’être quasiment toujours « contre les choses ».
L’actualité, perverse dans sa présentation médiatique, ne nous donne pas fréquemment l’occasion de nous enthousiasmer. Les sujets qui font les Unes des journaux et des 20 heures, sont plus proches des tragédies que des comédies.
Je préfère cent fois les films de Capra à ceux de Bergman. Je préfère mille fois le bonheur d’une naissance que les accidents mortels sur les routes du week-end.
Comme un éducateur de banlieue le disait hier à la télé, les médias préfèrent montrer ce qui ne marche pas plutôt que ce qui marche, même si ce n’est pas représentatif de le vie réelle.
Entre faire six ou huit pages sur le drame des ados emportés par une avalanche et utiliser la même surface d’expression pour montrer la joie d’une douzaine de mômes ayant obtenu leurs fléchettes, quel sera le choix du rédacteur en chef?
Parler des zones de reboisements réussies plutôt que des cas de pollutions.
Montrer des exploitants agricoles qui font bien leur métier plutôt que ceux qui donnent encore de la farine animale à leurs vaches.
Montrer aussi des maisons qui ne brûlent pas, des flics qui ne font pas de bavures, des petites vieilles qui ne se font pas piquer leurs sacs, des fonctionnaires qui font bien leur boulot, des hommes politiques qui agissent concrètement sans idéologies ...
Quelle serait la place d’un quotidien de bonnes nouvelles, dans notre pays où la culture judéo-chrétienne pourrait nous interdire de parler du bonheur des uns alors que d’autres n’arrivent pas à se sortir de leur malheur?
Un journal qui s’appellerait « Optimiste » par exemple, comme un « Point de vue et image du Monde » ouvert aux gens du peuple?


P.S. Il existe un quotidien en France qui a ce profil: c’est L’ÉQUIPE, qui, pour les fans de sport, apporte chaque jour des nouvelles enthousiasmantes. D’ailleurs c’est paraît-il le journal national le plus lu.

mardi 29 janvier 2008

Le Bankou (suite).

La nuit tombe à peine sur Pont l’Abbé. Le brouillard est arrivé plus vite que d’habitude. La journée avait pourtant été vivifiante ; les bateaux du Guilvinec étaient rentrés le ventre plein de crustacés.
Vers dix-huit heures les cloches de Notre-Dame des Carmes s’enrouèrent. Le carillon toussota ; deux brefs « ding » et un « dong » qui s’éteignit dans les brumes montantes.
Qui écoute encore aujourd’hui les cloches sonner ?
Madame Gwénaëlle la boulangère allait manquer de pains de deux livres avant la fermeture. Il faudrait y penser pour demain. Moins de baguette peut-être. Elle avait d’autres chats à fouetter que de tendre l’oreille vers le sommet de l’église. Son carillon à elle était celui de sa boutique. Madame Gwénaëlle avait fait l’attraction de la rue commerçante quand Jean Cadiou l’électricien lui avait installé un capteur et un module électronique lui permettant de choisir sa sonnerie comme on le fait sur son portable.
A sept heures moins une, une ombre se détacha de la rue du menhir.
Elle remonta la rue du Lycée. Elle échappait aux phares antibrouillard des voitures qui remontaient vers le centre. L’ombre obliqua à droite dans la rue Arnoult afin d’éviter les réverbères de la place du Pont Gwern.
Madame Gwénaëlle allait fermer boutique. Elle hésitait encore sur choix de la sonnerie qui allait retentir demain dans la boulangerie. L’ombre passa le long de la vitrine. La porte vitrée se referma sans un bruit.
Un peu plus loin, au 15 de la place Gambetta, se trouvait la succursale de la Société Générale. L’ombre plus nette du Bankou dessina sur la façade de l’immeuble une faux géante entrelacée de grands « S » doublement barrés comme des dollars.
Au même instant la lumière se fit plus tamisée. La ville perdait une à une ses couleurs. La rosace de Notre-Dame des Carmes qui faisait la fierté de la ville n’avait plus que des teintes en nuances de gris.
Allongée au pied de sa caisse, Madame Gwénaëlle, n’aurait plus à choisir une sonnerie pour sa boutique. Si ce n’est celle du « wig ha wag », le bruit de la charrette du Bankou qui ramasse les petits porteurs ruinés à la nuit tombée.



Il y a 10 ans
Jeudi, 29 janvier 1998.
Pour cent balles t’as plus qu’un ... nouveau billet de cent balles.

J’ai cru un bref instant que ma banque m’avait fait un cadeau; En retirant de l’argent au distributeur, je demande 400 francs et l’appareil me sort quatre billets de 200 francs. Du moins le croyais-je quand je me suis rendu compte que les billets de 100 francs avaient changé de look et de taille et se confondaient ainsi avec les billets de 200 francs.
Il doit y avoir une bonne raison mais je ne vois pas pourquoi on change de billets alors que l’on nous annonce à grand renfort de publicité l’arrivée imminente de l’Euro.
Enfin, je ne demande qu’à comprendre.

lundi 28 janvier 2008

Le Bankou.

En Armorique, les légendes naissent et vivent dans les cœurs et les esprits depuis des générations. Elles sont aussi nombreuses que les ajoncs sur la lande.
L’une des plus terribles est celle de l’Ankou. L’Ankou est le serviteur de la Mort. Il collecte les âmes des défunts récents dans sa charrette. Et si vous entendez le bruit du chariot alors vous, ou quelqu’un de votre entourage n’allez pas tarder à passer de vie à trépas. Celui qui aperçoit l'Ankou meurt dans l'année.
La terrible histoire qui fera peur demain aux petits bigoudens est celle du Bankou, l’horrible trader de la Société Générale (même pas le Crédit Mutuel de Bretagne ou le Crédit Agricole).
Un méchant garçon possédé par le démon de l’argent qui avec la faux des transactions et la charrette de la spéculation voulait la mort des petits épargnants.
C’est une histoire qui va faire frissonner tous les étudiants en économie. En particulier ceux qui auront la mauvaise idée de se promener près du phare de Penmarch à la tombée du jour.
C’est une histoire qu’a commencé à nous raconter ce matin sur Europe 1, Daniel Bouton, le P-D-G de la Société Générale.
Un sacré conteur ce Daniel.
La suite demain.



Il y a 10 ans
Mercredi, 28 janvier 1998.
Nom d’un stade!

Ce soir est capital pour ce carré de pelouse complètement gelé de 120 mètres sur 80 entouré accessoirement de tribunes pouvant contenir jusqu’à 80000 spectateurs.
A 20H50 sera donné le coup d’envoi du match de football France-Espagne à 133 jours du début de la Coupe du Monde.
Tout doit bien aller, puisqu’il n’y aura pas de grève dans les transports en commun.
Seule ombre au tableau, la platitude du nom donné à cette arène.
Je me souviens qu’à l’époque où il fallait baptiser ce nouveau temple du sport, il avait eu création d’une commission (belle manie française) sous la houlette de Bernard Pivot. On pouvait s’attendre à ce que les nombreuses têtes pensantes qui étaient penchées avec passion au dessus du berceau de ce gros bébé allaient trouver une belle idée pour franchir la barrière de l’an 2000.
Que nenni! Quand Guy Drut, ancien champion olympique et Ministre de la Jeunesse et des sports de l’époque, « sortit » le nom du chapeau tout le monde resta sans voix: « Stade de France ».
Pas très excitant, n’est-ce pas?
Alors je vous en propose quelques uns:
Stade de la fraternité.
Parc des espoirs.
Stade Mendes-France.
Parc des enfants.
Stade de l’amour.
Parc des victoires.
Stade du beau jeu.
Parc du bon esprit.
ou, moins sérieusement:
Parc de la rigolade.
Stade Coluche.
Parc des coquelicots.
et pourquoi pas changer chaque année et passer de Prévert à Barbara, à Brassens, à Monsieur Tout-le-monde ou au sportif inconnu.
Bon match quand même, messieurs les footballeurs, dans ce grand stade que personne n’appelle par son nom.

dimanche 27 janvier 2008

Perdu.

Ce matin, la télé était allumée à 9H30. Pour une autre forme de messe. Celle des champions de tennis. Spectacle païen offert aux yeux de la planète jaune.
Jo et Novak, le Français et le Serbe. Deux joueurs souriants et fair-play. Deux sportifs qui atteignaient pour la première fois une finale de Grand Chelem.
Le match fut crispant. Les deux tennismen avaient du mal à se libérer. Le score resta serré tout au long de la partie. A 5-5 dans le quatrième set, Jo eu une balle pour prendre le service de Novak. Un coup qui semblait facile, près du filet. Le Sarthois choisit de jouer long de ligne. Trop fair-play peut-être ? En d’autres temps un Yvan Lendl aurait allumé l’homme. Novak eu le bon reflexe. Jo avait laissé passer sa chance.
Dans le tie-break, le Serbe s’envola vers la victoire.
Etoile filante ou future star du tennis ? Jo-Wilfried Tsonga devra se remettre de cette défaite.
Merci à lui d’avoir apporter à ce sport un peu de lumière bleue. L’an passé, Marion Bartoli avait atteint la finale de Wimbledon. Elle est aujourd’hui 10ème joueuse mondiale mais depuis son exploit londonien, elle n’a pas gagné de titre.
En juin prochain, cela fera 25 ans qu’un Français n’a pas conquis de titre dans un tournoi du Grand Chelem. Ce fut Yannick Noah à Roland Garros.
Mon dieu que les années filent.



Il y a 10 ans
Mardi, 27 janvier 1998.
Nom d’une pipe.

Premier constat: les médias français, prompts à se moquer du puritanisme américain, ne sont même pas capables d’appeler les choses par leurs noms. On nous parle de braguette, de choses, de coucherie de rapport, de harcèlement ... Alors que tout simplement, Bill Clinton, a peut-être baisé avec Monica et s’est peut-être fait sucer par Paula.
Deuxième constat: tout ce qui est écrit dans le premier constat est nul et non avenu, puisque je me fous de la vie privée de Clinton comme de celle de la Princesse de Mes-Deux, d’ailleurs.
Troisième constat: c’est, paraît-il le mensonge, que critiquent les journalistes américains plus que turlutte. En effet d’après eux, Clinton mentirait en affirmant n’avoir jamais couché avec ces deux coiffeuses et mentirait encore en affirmant qu’il n’a jamais demandé à Monica Lewinsky de faire un faux témoignage. Leur grande angoisse étant maintenant la suivante: comment croire le Président de la plus grande puissance mondiale sur sa politique quand celui-ci ment sur sa vie privée?
Quatrième constat: encore faudrait-il prouver par A+B qu’il y ait effectivement mensonge, avant de se lancer dans une quelconque théorie. Car demain, qui m’empêchera de poser la question à tous les journalistes qui n’avouent pas à leurs femmes qu’il se font tailler de jolies flûtes sous leurs bureaux et ailleurs par des stagiaires dociles et maquillées comme des camions: « Si vous mentez à vos épouses, cela veut-il dire que vous mentez également à vos lecteurs? ».
Cinquième constat: les plus grands journalistes américains présents à Cuba en fin de semaine dernière sont rentrés plus vite à Washington que le loup de Tex Avery tentant d’échapper par tous les moyens à Droopy. Tout ça pour meubler des heures d’antenne et des kilomètres de colonnes, marketing et publicité obligent. Leur éthique commence par la marque de slip de leur président et finit par la marque de tampon de sa stagiaire. Voudraient-ils se prouver qu’ils peuvent peut-être destituer un Président comme leurs collègues de l’époque du Watergate, soit dit en passant, autrement plus professionnels, que ça ne m’étonnerait pas.
Sixième constat: je rappelle que le mensonge ne fait pas partie des sept péchés capitaux.
Septième constat: pendant ce temps-là, l’Algérie baigne dans le sang des femmes et des enfants; le Proche-Orient peut exploser à chaque minute; tout merde dans le sud-est asiatique; on se demande où va la Russie; les nouvelles dictatures africaines se portent bien et nos députés jouent à la guéguerre des amendements au lieu de se retrousser ensemble les manches pour mettre les mains dans le même cambouis.

samedi 26 janvier 2008

Le cow-boy chez les indiens.

Nous ne sommes pas dans une superproduction hollywoodienne. John Wayne ou Burt Lancaster ne vont pas surgir au coin de la rue dans l’aube poussiéreuse. La ville n’est pas en danger. Les indiens ont enterrés la hache de guerre. John Ford est au chômage et Charles Bronson a avalé son harmonica.
Le western est devenu un « eastern » avec dans le rôle de Will Cane (le sheriff du Train sifflera trois fois) Nicolas Sarkozy, et dans le rôle de l’indien méchant, Lakshmi Mittal, le patron de Mittal Steel Company.
L’indien (fourbe selon l’imagerie des premiers westerns) est en passe de fermer l’usine de Gandrange en Moselle d'ici au premier trimestre 2009. Petit rappel issu du site lemonde.fr : l'usine de Gandrange avait été rachetée en 1999 par l'indien Mittal Steel au Français Usinor pour le franc symbolique. Les deux entreprises ont fusionné en 2006 après l'OPA lancée par Mittal sur Arcelor, un groupe créé en 2002 entre Usinor et deux autres sidérurgistes européens. Cette fermeture programmée devrait entraîner la suppression de 600 emplois sur un millier.
Alors le cow-boy a sorti son pistolet en plastique. Devant une assemblée d’entrepreneurs indiens au premier rang desquels était assis Lakshmi Mittal, Sarkozy s’est fendu d’une de ses fameuses tautologies: « Discuter n'est pas interdit, c'est même recommandé dans une démocratie car si on ne peut pas discuter, ce n'est pas une démocratie".
Quand on a dit ça on est un vrai dur à cuire, un mec craint à l’est du Gange. Et pour marquer son territoire, si besoin était, notre président a souhaité la bienvenue aux futurs investisseurs indiens dans notre pays.
Ce soir en Moselle, je ne sais pas si on aime toujours les westerns.




Il y a 10 ans
Lundi, 26 janvier 1998.
Le Pape et son Fidel.

Pas de chance pour les conseils en communication du Pape qui pensaient sérieusement que la venue du tremblotant Saint-Père dans l’un des derniers antres du communisme allait faire un tabac dans tous les JT de la planète.
C’était sans compter les chômeurs qui, en France ont scotché les médias devant les ASSEDIC, les restaurants chics et même le siège (saint?) du parti socialiste. Puis à quelques brasses de Cuba, c’est Bill Clinton et son affaire du « Water-braguette » dixit Libération, qui secoue (pour la dernière goutte?) le monde si versatile des télés yankees. La fin du voyage hier pour JPD et son chien Fidel n’a pas eu l’écho voulu dans notre bon pays. Il est loin le temps du rassemblement des jeunes sur le champ de courses de Longchamp. Car un accompagnateur qui avait perdu la boussole a entraîné dans la mort neuf ados, un prof et un autre membre de l’UCPA, lors d’une sortie en montagne. Un drame qui a mobilisé toutes les rédactions de France et de Navarre.
Le pape est donc retourné chez lui, non sans avoir tapé sur les doigts de Fidel et de Bill.
Pour faire l’ouverture des JT du monde entier, il reste à Jean-Paul la confession du Président Américain.

vendredi 25 janvier 2008

Super héros.

« Tous les jours je vais travailler dans une banque. Je mets ma cravate, une belle chemise, un pantalon propre et je passe des heures devant des écrans d’ordinateurs à acheter et vendre des actions pour le compte de tiers. Je suis trader et je suis un homme comme les autres. Enfin c’est ce que vous croyez. Vous n’avez peut-être pas assez lu de BD Marvel. Vous ne savez sans doute pas qui sont Clark Kent, Peter Parker ou Bruce Wayne. Ce sont des gens comme moi, qui ne payent pas de mine mais qui ont de super pouvoirs. Ce sont des super héros. Superman, Spiderman et Batman se cachent derrière l’anonymat de l’homme de la rue.
Je m’appelle Jérôme Kerviel je suis breton d’origine, de Pont L’Abbé dans le Finistère sud pour être plus précis. Dans le pays Bigouden, vous savez, là où les femmes portent des coiffes hautes comme de vieilles cheminées d’usine.
Je suis breton et j’ai des super pouvoirs. Pas comme mes ancêtres Astérix et Obélix qui avaient pour secret la potion magique du druide Panoramix.
Mes super pouvoirs me permettent de négocier des sommes folles sur les marchés boursiers. Des montants qui dépassent l’entendement pour vous, simples mortels payés au SMIC ou un peu plus. Lors de ma dernière aventure j’ai ainsi joué avec plus de cinquante milliards d’euros.
Manque de chance j’ai perdu. Oh, rien, une bricole, cinq petits milliards. Et tout ça sans que personne ne s’en rende compte. Ni mes supérieurs hiérarchiques, ni le patron de ma banque, Monsieur Daniel Bouton, ni les instances chargés de surveiller les tractations boursières, ni la banque de France, ni le ministre de l’économie, ni Nicolas Sarkozy, ni les saints, ni le bon Dieu.
C’est dire si je suis un super héros ».

Jérôme Kerviel existe vraiment. Il est diplômé de l’université de Lyon-II. Il est titulaire d'un master en finance de marché. Il a obtenu son DESS de management des opérations de marché en 2000 avec la mention « assez bien ».
Il est, à ce jour, le seul accusé dans l’affaire des pertes frauduleuses de la Société Générale. Jérôme Kerviel a 31 ans.

Si vous croyez à cette histoire alors vous pouvez retomber en enfance et croire que vous allez dès demain croiser Akim, Zembla, le Surfer d’argent ou Super Jaimie au bistrot du coin.




Il y a 10 ans
Dimanche, 25 janvier 1998.
45 tours et puis s’en vont.

En rangeant des vieux cartons je me suis posé la question très, très bête: « Et si j’avais un jour rencontré le batteur des Rubettes dont j’étais amoureuse, est-ce que ma vie aurait changé? »
Les souvenirs c’est comme les sillons d’un 45 tours, quand un premier vous vient à l’esprit, un autre prend sa suite et ils s’enchaînent à en perdre la notion du temps. Claude François chantait: « La pendule de l’entrée s’est arrêtée sur midi... ».
Ces chansons populaires font encore le bonheur financier d’un Arthur et la joie simple des spectateurs qui sont allés voir le dernier film de Resnais. Mon adolescence a été bercée par ces tubes plus ou moins cul-cul la praline. Je me souviens qu’avec mes cousins et mon frangin, on avait inventé le karaoké. On mélangeait nos disques dans un grand sac et on en tirait un au sort. Un de nous devait alors faire le play-back en imitant le chanteur ou la chanteuse. Certaines fois il y avait des duos, et comme j’étais la seule fille je devais souvent jouer à Sylvie Vartan ou Stone.
Mais je préférais les Rubettes que j’avais potassés en yaourt. Je connaissais tous leurs morceaux mais je n’y comprenais rien. Je pouvais faire semblant de jouer la guitare et bien sûr la batterie (entièrement transparente d’ailleurs pour ceux qui s’en souviennent).
La honte c’est quand on tombait sur « Mon credo » de Mireille Mathieu. Notre naïveté avait alors trouvé une de ses premières limites.
Une fois posé le saphir sur le bord du disque plus moyen de s’échapper. Il fallait assumer, c’était notre défi.
Je ne sais pas combien de temps je suis restée à trier ces cartons de vinyles en chantant mentalement ces tubes de Ring Parade, l’émission de Guy Lux? J’en ai presque encore des fourmis dans les jambes.
Tiens! Je vais me remettre « Sugar baby love » sur ma vieille platine pour me dégourdir les jambes. Et si les mômes rigolent, tant mieux.


P.S. Au fait qu’est devenu Sabrina Lory qui chantait « J’ai la musique en moi »?