lundi 7 mai 2007

18 Floréal an 1.

Ah ça ira, ça ira, ça ira...
Ça ira mieux demain ...
Pour la suite de la chanson on se retrouve demain.
Là, aujourd'hui pas le temps pour une rengaine ou un refrain.
Plus de voix.
En attendant le temps des cerises. Pour juin 2007 ou mai 2012.




Il y a 10 ans
Mercredi, 7 mai 1997
Faire son cinéma.

C’est aujourd’hui l’ouverture du 50ème Festival de Cannes. L’occasion pour quelques privilégiés d’aller croquer quelques petits fours au Martinez en racontant qu’ils ont causé à Bruce Willis. Je n’y suis pas et n’y serai jamais. Ce n’est ni de la rancoeur, ni de l’amertume mais ce que j’aurais aimé vivre c’est un Festival des années 50, où les stars semblaient accessibles, où le Palais n’était pas un bunker, où le barnum d’aujourd’hui n’avait pas encore monté son chapiteau.
Ma Croisette à moi va de l’immeuble à la gare en passant par le marché où les gloires locales se donnent rendez-vous. Au bistrot les petits fours ont fait place aux sandwiches rillettes et le champagne est remplacé par la Stella Artois pression. Mais ça n’empêche pas le jury des habitués d’avoir des idées bien arrêtées sur le 7ème art. A les écouter, les palmarès, qu’ils s’appellent Oscars, Césars, Lions ou Palmes ne les empêchent pas d’aimer ce qu’ils aiment et d’aller voir ce qu’il ont envie d’aller voir. Dans leur cinémathèque idéale on trouve des films qui feraient bizarre dans le décor pompeux du Festival. Les critiques de cinéma étant nettement plus vieux que ceux qui vont au cinéma, on se trouve devant une forme de fracture, si ce n’est un fossé séparant deux façons de « bien voir le cinoche ».
Mes amis du jury préfèrent qu’on leur parle de Jean Gabin, Bruce Willis, Gérard Depardieu, Silvester Stallone, Steven Spielberg, Christian Clavier, Luc Besson ou Quentin Tarentino plutôt que d’Emmanuelle Béart, Eric Rohmer, Jean-Pierre Léaud, Maurice Pialat, Fanny Ardant, Jacques Doillon ou Arielle Dombasle. Pour faire comme eux, j’ai rassemblé mes souvenirs afin de constituer mon propre palmarès et décerner mes Placards d’Or. Sachant qu’il reste douze jours avant la remise de la Palme d’Or 1997, Je vous livrerai chaque jour mon classemnt. Ces films, je les ai choisis et classés sur deux critères qui ne sont ni culturels, ni techniques. Car choisir c’est trancher, éliminer, ce qui n’est pas une mince affaire si l’on estime à 4000 films à raison de deux à trois films par semaine (rediffusions comprises) le nombre de séances (télé + salles) qui remplissent 30 ans de cinéphilie. Alors je n’ai gardé que les films qui m’ont touchée, émue, transportée ou fait rire en me posant à chaque fois la question: « Est-ce que tu aimerais le revoir là, maintenant? ».

dimanche 6 mai 2007

Peine incompressible.

20H00 et quelques secondes. Sarkozy président de la République. Avec un « p » minuscule et un « r » majuscule. Déception énorme. 47% des votants en prennent pour 5 ans. Le jury populaire a voté. La sentence est de cinq ans fermes. Pas de remise de peine. Une souffrance à vivre jusqu’à la dernière seconde du mandat de l’ex ministre de l’intérieur qui en rêvait dit on depuis sa prime jeunesse.
En 2012, j’aurai vécu 72.5% de ma vie sous l’autorité d’un président de droite.
L’écart est grand. La France est un pays de droite. Ça on le savait. Mais ce qu’on ne soupçonnait pas c’est que la France est un pays de droite dure. Que l’on ne se leurre pas, malgré des slogans rassembleurs, des attitudes d’une rare zénitude, des appels au peuple ouvrier ... Nicolas Sarkozy n’est selon moi ni fraternel, ni humaniste. Ses années place Beauvau en font plutôt un « surgé » monté sur ressorts prêt à sortir la règle en métal et, pour un oui ou pour un non, taper avec une certaine jubilation sur les doigts tendus.
La France de la peur de l’autre a gagné. La peur des resquilleurs, de « l’immigré » pourtant français depuis deux générations, la peur des Turques dans l’Union Européenne, la peur des Rmistes, même la peur des soixante-huitards, invités de dernières minutes dans la campagne par Sarkozy, comme pour remplacer la peur des bolchéviques dans l’inconscient collectif.
Enfin la peur des femmes, la peur d’une femme au pouvoir.
Ce soir la France a freiné devant l’obstacle, la France a freiné devant l’audace, la France a freiné devant une France Présidente.





Il y a 10 ans
Mardi, 6 mai 1997
A chacun son Everest.

Après avoir atteint le sommet de l’Everest en 1990, Christine Janin est la première femme à avoir rallié le pôle Nord sans chien de traîneau. Un exploit qu’elle a réalisé non pas pour sa seule gloire mais pour aider des enfants gravement malades à surmonter leur douleur en leur donnant envie de se dépasser. Cela la place, pour moi, au Panthéon des femmes de France de ce siècle. Entre Marie Curie et Marguerite Yourcenar ou entre Edith Piaf et Sœur Emmanuelle. Personne n’a vraiment parlé de cet exploit faramineux. Je l’ai entendu ce matin à la radio mais pour en savoir plus dans la presse, rien, bernique, que dalle.
Cette nouvelle Reine Christine a dû en baver sur ces kilomètres de paysages d’un autre monde. Mais la joie de retrouver à son arrivée ces enfants qui croyaient en elle dure comme fer lui a sûrement fait oublier ses douleurs.
Notre vie routinière est peuplée de ces petits contretemps qui nous paraissent des montagnes et qui nous gâchent soi-disant la journée. Quand on pense à ce qu’elle a enduré et à ce qu’endurent ces petits cancéreux, on se trouve très conne d’insulter celui ou celle qui ne démarre pas dans la seconde au feu ou de se pourrir la journée pour un collant filé.
J’ai finalement fini par retrouver la trace de l’association de Christine Janin qui organise des randonnées en montagne pour redonner courage et espoir à ces enfants meurtris:
Association « A chacun son Everest » C.C.P. 314 73 52 Grenoble.
Alors donnez pour que ces conquêtes de vie atteignent encore et toujours des sommets.

samedi 5 mai 2007

Des ronds dans l’eau.

Aujourd’hui c’est la trêve. Pas de « propagande » politique dans les media. Une interview de Sarkozy qui ne sera pas dans Le Parisien / Aujourd’hui en France version papier mais sur le site internet du même journal. Où se situe la frontière entre le « print » et le « web » comme disent les pros ? C’est une bonne question (un peu d’autosatisfaction ne fait jamais de mal) surtout quand je rapproche cette interrogation de celle de la publication des sondages sorties des urnes avant 20H00 sur internet.
Le sujet du jour n’a rien à voir. Demain certaines personnes, sûres du résultat n’iront peut-être pas voter et partiront au bord de l’eau taquiner le goujon ou faire des ronds dans l’eau.
En ce moment du côté de Valence en Espagne, onze bateaux régatent entre quelques bouées. Ils se disputent le droit d’affronter le navire suisse « Alinghi » vainqueur il y a quatre ans de l’America’s Cup.
On appelle ces éliminatoires la Coupe Louis Vuitton. C’est dire s’il y a déjà du pognon dans la baie.
Ames sensibles s’abstenir : voici le budget de cette compétition nautique.
Pour l’organisation comptez 232 millions d’euros ; pour les infrastructures financées par la ville de Valence, un « petit » billet de 500M€, et pour chaque Défi (comprenez chaque bateau) la facture s’échelonne ente 15 et 150M€. Les recettes (droits d’inscription, droits TV, sponsoring) avoisineraient les 260M€. Soit un bénéfice de 27 patates pour l’organisation.
Vous aller me dire que depuis quinze ans il y a beaucoup d’argent dans le sport et que cela ne m’a pas beaucoup émue. D’accord une fois. Vous me direz également (si vous êtes spécialiste des joutes nautiques) que l’America’s Cup est la plus vieille compétition sportive de la planète (22 août 1851) et que cela mérite le respect. D’accord deux fois. Mais permettez-moi de vous dire qu’autant le football, la formule 1, le basket US, le tennis ou le golf qui brassent des milliards me donnent parfois à rêver, autant cette bataille navale, circonscrite à un triangle d’eau ne m’apporte pas le moindre frisson, pas la moindre émotion, pas le moindre « lever de fauteuil » intempestif et brutal. J’ai pris le temps hier de regarder une retransmission sur Canal+ Sport. C’est incompréhensible, lent, régenté par des règles que ne peuvent comprendre que les marins concernés et encore. Les commentateurs ne nous éclairent pas vraiment sauf si vous avez fait l’école des Glénands. Bref côté cœur, encéphalogramme plat. Loin des transats de Tabarly ou de Florence Arthaud. Loin des tours du monde d’Auguin ou d’Helen Mac Arthur.
Le défi français Areva, le nucléaire, la mer, l’écologie, tout ça dans un joli paquet cadeau à 20 millions d’euros, est dans les choux. Avant même les demi-finales, touché, coulé par d’autres navires dont les armateurs ont mis parfois cinq à six fois cette somme pour conquérir l’aiguière d’argent.
Cette quête reste un mystère.
Tant de ronds dans l’eau ...





Il y a 10 ans
Lundi, 5 mai 1997
Qui veut jouer au docteur?

Moins rapide qu’un escargot qui se serait fait une entorse dans « Urgences »; plus larmoyant qu’une chanson de Dalida chantée par Hervé Vilar; aussi convenu qu’un slogan du RPR; et malheureusement aussi mal joué par Sandrine Bonnaire qu’un pilier de rugby s’essayant au patinage artistique; bref aussi crédible que Bruno Mégret fumant un joint avec des communistes cubains à la fête de l’Huma.
C’est dire si « Une femme en blanc », le feuilleton médico-pas-très-légal sur France 2 est parfaitement ennuyeux. Dialogues attendus, situations archi déjà vues: la femme seule contre tous, contre son père et contre elle-même, l’amour d’abord impossible, le méchant chirurgien, Le docteur lâche, le docteur dragueur, l’infirmière sympa sans oublier le fils hospitalisé.
Enfin, si tout ce cinéma a pu faire vivre quelques techniciens de plateau, des caméramen, des scriptes, des régisseurs et des comédiens, tant mieux. Mais je ne félicite pas les scénaristes et dialoguistes qui ont peut-être peiné sur le roman de Janine Boissard, mais sacré bon sang, quand on veut on peut.
En attendant de voir du bon cinéma chirurgical façon « Sept morts sur ordonnance », vous pouvez toujours vous refaire un épisode d’« Urgences », qui repasse le samedi après-midi sur France 2. C’est un peu la même tambouille mais ça va beaucoup plus vite et c’est de toute façon plus crédible que Sandrine qui voulait jouer au docteur.

Post Scriptum: a priori, tout le monde ne pense pas comme moi puisqu’il y aurait eu, selon Médiamétrie, une moyenne de 6,5 millions de personnes devant leur poste pour chaque épisode. Ca ne donne pas envie d’être malade.

vendredi 4 mai 2007

Après match.

Ça sent le roussi pour Ségolène Royal. Les Français ont vu l’ex-ministre de l’intérieur vainqueur du débat de mercredi soir. Si l’on en croit les sondages d’intention de vote pour le deuxième tour, l’écart est énorme. 53 à 54% pour Sarko contre 46 à 47% pour Ségo. Loin des scores de fin 2006 où l’écart était infime.
Peut-on dire 48 heures avant le verdict que l’affaire est pliée. Je crains que oui. Je crains également que, malgré les efforts sincères et parfois désordonnés de Madame Royal, la France penche à droite et penche vers les chromosomes XY.
Ce n’est pas l’heure de la femme. Même si dans le prochain gouvernement du faux calme on aura le droit à quelques alibis en jupette.
Pourquoi en est-on là aujourd’hui ?
Peut-être que le punch de Ségo, acceptable par les personnes de son camp n’est pas passé du côté des indécis. Une femme en colère n’est pas encore dans les codes.
Peut-être que les efforts fournis pour constituer un pôle de rénovation de la vie publique et politique avec Bayrou a irrité les anti-libéraux prompts à retourner casaques et prendre le parti inverse ou du moins ne pas aller visiter les urnes. Que le facteur de Neuilly ne viennent pas pleurer ensuite sur nos frêles épaules.
Peut-être que le camp socialiste n’est pas apparu aussi soudé que l’armada UMP. Réminiscences de la primaire d’octobre-novembre 2006 ?
Peut-être qu’après avoir, par une participation massive, exprimé le rejet des extrêmes, les Français ont eu l’impression d’avoir fait leur boulot de citoyen. Sans aller plus loin et sans sentir le vent du boulet de l’intolérance leur siffler aux oreilles.
Quand on fait du sport on ne doit pas laisser tomber tant que le coup de sifflet final n’a pas retenti.
Et si dimanche à 20 heures venait la surprise de la belle de match ?






Il y a 10 ans
Dimanche, 4 mai 1997.
Reflets de bonheur dans les yeux d’un enfant.

Viva America. Que l’impérialisme américain a quelquefois du bon!. J’ai accompagné mon fils de quatre ans et demi à Disneyland Paris (ou plutôt Marne la Vallée). C’était moi le môme et c’était lui le roi. Ne me demandez pas ce que j’ai vu de la parade du Bossu de Notre-Dame, presque rien. Pendant le défilé j’ai regardé ses yeux qui n’en perdaient pas une miette. Son regard de joie me faisait frissonner de bonheur. Il avait les pupilles couleur feux d’artifices. Il criait: « Gargouilles, Phébus, Quasimodo, Esmeralda ... » comme s’il avait lu cent fois le roman de Victor Hugo.
Certains esprits chagrins ne se remettent pas de cette adaptation plutôt libre de l’oeuvre. Mais qu’importe. Si je n’avais pas, vers l’age de dix ans, dévoré les aventures des Trois Mousquetaires, du Bossu, ou du Comte de Monte Cristo en versions très raccourcies de la Bibliothèque Verte ou Rouge et Or, je n’aurais sans doute pas lu plus tard ces romans dans leurs versions intégrales. Les feuilletons télé de carton-pâte de notre enfance, les films avec Jean Marais, les épisodes de Zorro ont plus sûrement nourri mon imaginaire que quelques tristes lignes académiques du Lagarde et Michard.
Ah si Jules Verne, Alexandre Dumas ou Paul Féval s’apprenaient en 6ème
et si Georges Mélies avait fait des petits, les vieux grognards
grincheux et grognons de l’intelligentsia seraient peut-être fiers
de faire rêver aujourd’hui les petits américains sur des histoires « made in France » de A à Z.
En attendant mon petit Yann est transporté au pays imaginaire. Peter Pan lui tend la main et Yann se fout de savoir si son héros est né à Hollywood ou ailleurs.
That’s all folks.

jeudi 3 mai 2007

Match.

Plus de deux heures. C’est ce que j’avais prévu hier. Mais ce que je n’avais pas prévu c’est la piètre qualité de la rencontre, du duel ou du combat.
Peu importe la métaphore sportive, j’ai trouvé Ségolène Royal puncheuse et Nicolas Sarkozy bon encaisseur. Mais sur le ring, pas les deux ténors attendus, pas les deux champions, pas les deux présidentiables. Pour être gentille je dirais que j’ai vu un match entre deux « premier ministres ». Pour être méchante, ce match a tout bonnement opposé un ancien maire d’une ville de 60 000 habitants à la présidente d’une région de 1 700 000 âmes.
Pour être encore plus méchante, face à face, j’ai vu un épicier et une épicière.
Un épicier vouté sur son étal, hésitant à regarder sa rivale et se tournant sans cesse vers les deux marionnettes que furent PPDA et Arlette Chabot pendant cette soirée. Un épicier avec son calepin plein de notes, sa liste de course et de chiffres, ses promesses plus électoralistes les unes que les autres. Qui les petites retraites, qui les héritiers, qui les fortunés ...
Et puis, de l’autre côté de la rue, sur un trottoir un peu plus ensoleillé, la nouvelle commerçante. Mais dans sa boutique, pas de nouveau produit, des prix alignés (le travail, les 35 heures), même si sur certains rares articles, l’innovation était là (l’éducation, la 6ème république). Mais dans tout le bazar des étagères il fallait pouvoir trouver.
Où étaient les grands desseins et les grands destins ? Où étaient les grandes batailles politiques, les concepts forts, les grandes causes ? La défense de la laïcité, la tolérance, le respect, la place de la France dans l’Europe et dans le monde, l’écologie... où étaient ces indispensables points de repères qui dessinent un chef d’état ? Nulle part, comme nulle part ailleurs dans la campagne. Faut-il s’en étonner, comme je le disais hier, avec une formule de duel télévisé unique et indivisible.
Alors pour finir, faut-il un vainqueur au débat ?
Faut-il désigner celle ou celui qui d’une courte tête ou « aux points » comme disent les commentateurs de boxe, a quitté le ring avec les lauriers ?
Par penchant, et pour son crochet du gauche porté à la pommette de son rival, là où perlait presque une larme de circonstance pour les handicapés à l’école, je déclare Ségolène gagnante.
Mais dieu que j’aurais préféré voir un autre match, un combat duquel sortent grandis les adversaires parce qu’ils ont mis leurs cœurs et leurs tripes sur le carré de lumière. Et hier la lumière était bien pâle.



PS/ Lisez ce qui suit. Ecrit il y a 10 ans et beaucoup plus drôle que ce que je viens de rédiger.




Il y a 10 ans
Samedi, 3 mai 1997.
Euro-visions.

Imaginez une campagne électorale qui dure trois heures montre en main. Avec l’ouverture, l’exposé des programmes, les campagnes de pub, le vote des électeurs et le résultat final en direct à la télé à une heure de grande écoute. Ca aurait une de ces gueules non? Bâclé en deux temps trois mouvements, on pourrait profiter de tous ces week-ends et ponts suspendus et aller tranquillement taquiner le goujon en sirotant une bonne bouteille de Muscadet qui fraichit doucement dans la rivière.
J’ai allumé mon poste de télé vers 21 heures et je me suis frotté les yeux plusieurs fois. Mon vœu était exaucé. Ils étaient tous là. Ténors de la politique, barytons des circonscriptions et sopranos des Conseils Généraux.
L’Europe méritait bien un concours. Thème favori de tous les candidats et décliné sur tous les tons, Maastricht, valait bien quelques chansons.
Que l’on soit pour, contre ou eurosceptiques la compétition promettait d’être chaude.
Tous les candidats sont passés les uns après les autres dans leurs costards de scène ridicules ou leurs robes de soirée comme on n’en fait plus. Ils ont tous chanté leurs convictions sur des airs de musique que les ascenseurs jalousent aux aéroports. Il ne manquait même pas les clips de pub ringards avec des interviews contradictoires bidon.
Dans les gradins de la salle de concert, les militants étaient sagement assis remuant quelquefois le drapeau de leurs camps respectifs. C’était l’idéal, c’était la mélodie politique du bonheur.
Les militants ont voté, les électeurs ont pianoté sur leur minitel ... et le gagnant est, and the winner is ...
Et là, ma main a dérapé sur la télécommande, ça n’a duré qu’une seconde mais je n’ai jamais pu retrouver cette chaîne et ce programme. C’était sans doute une télé-vision. A la place j’ai vu s’afficher un tableau rempli de noms de pays et de chiffres. Une voix monocorde annonçait en deux langues: « Bosnia-Herzegovia three points, Bosnie-Herzegovine trois points, Slovenia four points, Slovénie quatre points, Croatia five points, Croatie cinq points... ». Ce n’était pas Milozevic le juge-arbitre, je vous rassure tout de suite.
Cette belle idée de campagne électorale de trois heures finissait en eau de boudin. A moins que les analystes politiques si brillants de nos télés, de nos gazettes et de nos radios puissent trouver une signification particulière à la candidature française pour ce concours de chansonnettes niaises et continentales.
La représentante de notre beau pays s’appelait Fanny.

mercredi 2 mai 2007

Avant-match.

Dans quelques instants va démarrer le match Royal – Sarkozy. Un match, un seul. C’est un peu court, comme une envie de revenez-y. A la manière des « éliminatoires » lors des primaires du PS. Peut-être un petit avantage pour Ségolène qui s’est déjà frottée aux cadors socialistes et qui en est sortie victorieuse. Je sens un débat fourre-tout où, à la fin, les deux candidats nous diront que bon nombre de sujets n’ont pas été abordés. Qu’ils n’ont pas eu le temps de tout dire. Cela milite pour trois rencontres sur trois grands thèmes (Société, Economie, International). De quoi se nourrir sans se farcir une potée indigeste de deux heures et demie (puisque ça va forcément déborder). Et puis trois thèmes pour retenir autre chose que la couleur d’une tenue et la petite phrase qui tue.
D’ailleurs pourquoi ne pas établir ce type de débat avec l’ensemble des candidats avant le premier tour. Pas facile, mais les Américains le font bien en ce moment pour les primaires démocrates.
Si l’on en croit certains spécialistes qui estiment que ce débat peut être déterminant pour le choix de dimanche, ce match, cette finale, mériterait plusieurs rounds. Afin également que les meetings et leurs discours exagérés laissent place à plus de réserve, d’honnêteté et de respect des autres.
Il est bientôt 21 heures je vous laisse.
Offensive, défensive, agressive, retenue, référence au bilan, référence au dogme... Quelles seront les tactiques des deux candidats ?
Le gong retentit ...






Il y a 10 ans
Vendredi, 2 mai 1997.
Cinq millions lourds

Ceci n’est pas le rapport du Quinté + de Vincennes. Ni le prix du dernier modèle de Ferrari. Ni encore le montant du dessous de table d’une quelconque entreprise de travaux publics pour l’acquisition d’un marché HLM de la ville de Paris.
C’est le nombre de « personnes privées d’emploi » selon une étude récente du CERC (Centre d’études des revenus et des coûts).
Pour moi qui n’ai fait ni Sciences Po, ni l’ENA, « personnes privées d’emploi », ça veut dire chômeurs. Donc, dans cette logique le nombre de chômeurs est de cinq millions. Mais cette lourde addition est beaucoup plus salée que celles des deux ennemis jurés, Juppé et Jospin. Les additions de ces deux camps mal retranchés ne correspondent pas entre elles et sont bien loin de cette vérité énoncée par le CERC. Dire qu’ils ont tous fait l’ENA, à croire que le calcul mental était facultatif.
Jospin, à son pupitre, avec sa craie et son ardoise lève la main et dit:
- « Maîtresse, maîtresse, ça y est j’ai trouvé, ça fait trois millions quatre cent soixante et un mille cinq cent chômeurs »
- « Et toi Alain combien as-tu trouvé? » demande la maîtresse.
- « Beaucoup moins maîtresse, ça fait trois millions quatre-vingt sept mille cinq cent demandeurs d’emploi. »
- « Il a triché Madame, je l’ai vu, il a triché il a caché des chômeurs dans son tiroir et dans son cartable, il en manque quatre cent mille »
- « Et bien vous avez tout faux » dit la maîtresse, « le chiffre exact est de cinq millions, vous vous rendez compte? Cinq millions ça fait une différence de un million à un million et demi avec vos calculs. Allez ouste, tous les deux au coin avec le bonnet d’âne et comptez jusqu’à cinq millions, ça vous apprendra. »
Que ces deux élèves plus que dissipés se mettent enfin d’accord sur un seul et véritable chiffre sinon l’élève Jean-Marie, près du poêle, risque de nous régler l’addition à coup de règle de trois sur les doigts. Un étranger moins un chômeur égal zéro français sans travail.
Méfions-nous des horreurs de calcul.


Post Scriptum n°1: Le Pen, cité plus haut, a eu un énorme courage. Celui de ne pas se présenter pour les Législatives. Ce vrai-faux légionnaire a donc eu la couille extra molle. Après le défilé Jeanne d’Arc, c’est lui qui s ’est défilé. Tant mieux pour la démocratie mais ouvrons l’œil, rien n’est joué. La relève des « mal élevés » de l’extrême droite fascisante est là.

Post Scriptum n°2: Chirac s’est prononcé il y a peu contre le clonage humain. Tant mieux mais il y en a un dans la classe qui n’a pas bien écouté le Maître d’école. C’est Philippe-Travail-Famille-Patrie-de-Villiers, lui même clone du Jean-Marie ou du Maréchal, on ne sait plus. Un clonage à grande échelle puisque c’est cinq cent vingt seigneurs vendéens qui vont faire crotter leurs chevaux dans autant de circonscriptions. Espérons que les électeurs ne réagiront pas comme l’animal ayant servi de modèle à cette expérience science-fictionesque: la brebis.

mardi 1 mai 2007

Premières de mai.

C’était il y a seulement soixante-trois ans et quelques jours. Le 21 avril 1944, une ordonnance du Général de Gaulle autorisait les femmes à voter et à être élues. Une admission tardive par nos mœurs et les hommes au pouvoir. Comme le cas désespéré mais sympathique de la candidate qui passerait pour la troisième fois son Bac et à qui le jury, par indulgence, dépit ou condescendance, délivrerait le précieux sésame.
Nos copines néozélandaises pouvaient déjà se rendre aux urnes avant la fin du XIXème siècle. Anne Chemin, dans Le Monde daté du 2 mai, nous explique que nous sommes encore en retard aujourd’hui malgré ce droit et malgré la loi Jospin sur la parité votée en 2000.
Seulement 12.3% d’élues à l’Assemblée ce qui nous place au 88ème rang sur 262 pays. Au sein de l’Union Européenne seules l’Albanie et la Roumanie font encore moins bien que nous ! Moins de 11% de « taulières » dans les mairies ou les conseils généraux, on frise l’indécence.
Dernier chiffre significatif cité dans cet article, les 4.2 millions d’euros* d’amende payés par l’UMP pour non respect de la loi sur la parité. Mieux vaut payer que de faire des efforts d’ouverture, n’est pas Monsieur Sarkozy ?
Les malheureuses « jupettes » de Juppé en 1995 ne firent pas long feu. De douze femmes au gouvernement le maire de Bordeaux passa vite à quatre.
Peut-on s’attendre à mieux dans un hypothétique futur gouvernement Fillon ?
Alors le 6 mai soyons des millions de suffragettes universelles pour porter pour la première fois une femme au sommet de l’Etat.
Comme un hommage à Rosa, Millicent (« première » suffragette), Emmeline, Suzanne**, Irène**, Cécile**, Edith et Michelle, Gloria, Ellen, Mary, Tarja, Michaëlle, Vaira, nos huit femmes chefs d’Etat en attendant dimanche soir pour la neuvième.



*660 000 euros pour l’UDF / le PS atteindrait la proportion légale de 50% de candidates.
**Gouvernement Blum

PS : Coup de gueule en direction de Michelle Alliot-Marie qui se permet d’insulter de façon très machiste Ségolène Royal, lui reprochant « de changer d’idée comme de tailleur ».





Il y a 10 ans
Jeudi, 1er mai 1997.
Fête du travail.

R.A.S.