vendredi 11 mai 2007

Placards d’or (suite).

La quatrième place est réservée aux « Enfants du Paradis » de Marcel Carné sur un scénario de Jacques Prévert.
J’ai l’air de radoter mais, comme pour « La nuit du chasseur », ce film a été décortiqué par beaucoup plus de critiques intelligents qu’il n’y avait de députés socialistes dans l’hémicycle pour s’élever contre une loi Sarkozy en première lecture.
Courrez le voir ou le revoir, c’est trois heures de poésie et de bonheur.
Si seulement l’évocation de ce chef d’oeuvre donnait envie à au moins une personne de lire ou relire n’importe quel livre de Prévert, je serais ravie de cet hommage au plus chouette écrivain français de ce siècle.

La troisième place revient à « La vie est belle » de Frank Capra.
Ne pas aimer les films de Frank Capra peut, à mon avis relever de l’enfermement psychiatrique pour haine inguérissable de l’homme. Ces films sont si justes, si beaux, si drôles et si émouvants qu’ils ne laissent normalement pas indifférent. Il y a toujours dans les films de Capra, un personnage en quête d’absolu, un absolu d’amour, de tolérance et d’accomplissement de soi, une recherche de vie réussie sur cette terre. Capra est un philosophe humaniste doublé d’un conteur hors pair. Un mélange d’Hermann Hesse et d’Andersen qui aurait vu tous les films de Chaplin.
Dans « La vie est belle », James Stewart, en tentant de se suicider, va faire la rencontre de son ange gardien. Ce dernier va lui montrer combien sa présence sur terre est indispensable pour ceux qui l’entourent. La scène de fin est si réussie que je pleure à chaque fois.
Cette parabole sur le bien et le mal est un vrai cours d’instruction civique. A côté, « Les ailes du désir » de Wim Wenders ressemblent à un chewing-gum sans goût qu’on aurait mâchouillé pendant des heures.
Tous les films de Capra sont beaux. Voilà c’est tout.

J’ai choisi de donner la deuxième place à « Voyage au bout de l’enfer » de Michael Cimino. C’est un film sur la guerre avec peu d’images de guerre. C’est un film sur l’amitié entre des hommes. Des hommes qui vont à la chasse et qui vont à la guerre. Des hommes qui jouent à mourir au Viêt-Nam et qui reviennent détruits, le cerveau comme passé au napalm. C’est bouleversant comme le mariage du début et l’ultime roulette russe de la fin. Si Besson est l’américain du cinéma européen alors Cimino est l’européen du cinéma américain. Au générique de ce film coup de poing au cœur et au ventre on trouvait: Robert de Niro, John Cazale, John Savage, Christopher Walken et Meryl Streep. Ca dure trois heures et ça les vaut.

Et le Placard d’or est décerné à ...
Rendez-vous demain.





Il y a 10 ans
Dimanche, 11 mai 1997
Temesta.

Insomniaques de tous les pays vous êtes sauvés. Réjouissez-vous, plus de cachets et pilules en tous genres.
Allez dès demain vous acheter un bon gros oreiller en plume d’oie. Finis les angoisses et les petits bruits obsédants de la nuit, désormais votre sommeil sera juste et bon. Ce remède n’est pas un truc de charlatan façon Morphéa de l’Abbé J’m’endors. Il ne s’agit pas non plus de compter les moutons et leurs clones, ni les cons ou les mises en examen des industriels français.
Rendez-vous dans votre vidéothèque préférée et achetez la collection complète des œuvres d’Ingmar Bergman.
Sa filmographie pourra vous permettre de vous endormir de façon différente chaque jour pendant un mois.
J’ai expérimenté cette médecine douce il y a déjà longtemps, quand, à mes retours du pensionnat, je me plantais chaque vendredi devant mon écran de télé pour regarder le ciné-club de Claude-Jean Philippe.
Quand la programmation était Bergmanienne je m’endormais systématiquement pendant la première demi-heure. Mes meilleurs sommeils, je les ai dus au « Septième Sceau », aux « Fraises sauvages » et à « Personna ».
Ma mère venait me réveiller au milieu de la nuit quand la télé pleine de neige éclairait pâlotement le salon.
Certains esprits perfides vous diront qu’une décoction de Rohmer, Téchiné, ou Wenders fera le même effet. Je veux bien les croire. Si aucun de ces cinéastes ne fonctionnent, passez à la drogue dure façon Rivette. Sinon, mais là votre cas est désespéré, relisez ce livre depuis le début sans respirer.

Post-scriptum: Pourquoi le Festival de Cannes honore-t-il ce suédois soporifique d’une Palme des Palmes? S’il ne l’a pas fait par le passé, à la bonne date de fraîcheur des films, c’est qu’il y avait une raison. La peur de voir mourir le bonhomme sans récompense a peut-être poussé ces messieurs bien pensants à sortir de leur manche ce trophée limite posthume.

jeudi 10 mai 2007

Placards d’or (suite).

Pas de Placard des Placards mais une huitième place pour « Le Père Noël est une ordure » de Jean-Marie Poiré avec toute la troupe du Splendid.
Choisi pour des répliques à pisser dans sa culotte, comme un « Tontons flingueurs » des années 80. Choisi aussi pour ses personnages cyniques et une foule de petits détails qui, à la « revoyure » sont encore source de fous rires. Comme par exemple cette scène, où Thérèse vient aider Pierre sur un escabeau pour réparer un fusible. Pierre plaque avec sa main son pantalon au niveau du bas-ventre au moment où Thérèse le frôle, comme s’il voulait faire croire à l’énormité de son engin...

Septième place : « Chantons sous la pluie » de Stanley Donen et Gene Kelly.
Parce que la comédie musicale m’a toujours fait rêver et qu’il fallait bien se résoudre à choisir entre « Parade de printemps », « Mariage Royal », « Brigadoon », « Tous en scène », « West Side Story », « Cabaret » ou « New-York, New-York ».
Ce film dont l’histoire se passe au moment de l’apparition du cinéma parlant est un bijou d’humour, d’émotion et de trouvailles. La preuve, la publicité s’est allègrement servie dans ces numéros aussi ingénieux les uns que les autres. Je n’oublierai jamais Donald O’Connor qui chantait « Make ‘em laugh » en sautant sur les murs, ni Debbie Reynolds, ni bien sûr Gene Kelly. Aussi athlétique et bondissant que Fred Astaire était divin et précis. Excusez-moi Monsieur Astaire de ne pas vous avoir glissé dans mon palmarès auprès de Ginger Rogers, Cyd Charisse ou Rita Hayworth.

Sixième place : « Blade Runner » de Ridley Scott.
Un film qui pousse à la dithyrambe parce qu’il n’est pas seulement un film de science-fiction très réussi. Sinon « La Guerre des Etoiles » ferait partie du palmarès. C’est d’abord un film humaniste où les Réplicants (Androïdes façonnés à l’image de l’homme par un génie démiurge et démoniaque) ont une âme plus sensible que celle de leur modèle.
C’est aussi un polar et une histoire d’amour, le tout dans un décor fantastique habité par des acteurs, eux-mêmes habités par leurs rôles, comme Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young ...
A ce jour, et sans avoir eu le temps de voir le « Cinquième élément » de Luc Besson, aucun autre film d’anticipation ne lui arrive à la cheville.

Cinquième place : « La nuit du chasseur » de Charles Laughton.
On a beaucoup écrit sur ce film unique de cet acteur qui ne l’était pas moins. Alors pour en savoir plus n’attendez rien de moi. Allez feuilleter les livres savants dans les librairies spécialisées. Et si vous ne vous procurez pas dans les plus brefs délais le DVD de ce film d’anthologie, je me permettrai de demander à Robert Mitchum, himself, de venir vous botter les fesses.





Il y a 10 ans
Samedi, 10 mai 1997
Dimanche 10 mai 1981, 20 heures.

Bien avant les histoires, les affaires, les révélations ou l’enfant caché, il était une fois un joyeux dimanche du printemps 81.
Je venais d’avoir vingt ans, toutes mes dents et une envie de croquer des rêves et de bouffer Giscard. Faut-il être jeune et innocent pour aimer la politique? Toujours-est-il qu’à 20 heures pile, lorsque le visage de Mitterrand a éclairé la télé, j’ai ressenti une émotion rare. Ma mère pleurait, je n’en étais pas loin. Mon père, dehors, faisait semblant de jardiner. L’affichage progressif de la tête du gagnant était pour lui pire qu’une séance de penalties en finale de la Coupe de France. Sept ans avant, le crâne chauve de Giscard apparaissant sur le petit écran avait laissé la maison dans un état proche de celui d’un plaisancier pris dans une tempête soudaine. Déboussolée, sans espoir.
Mais ce soir du 10 mai 1981, finis les cauchemars.
Le lendemain, de retour à Brest pour les études, nous avions avec quelques camarades, fleuri d’une rose, les tables des salles de classe. Ca n’avait pas plu à tout le monde, mais on s’en foutait royalement, le peuple avait gagné.
Aujourd’hui, ce n’est pas l’heure de faire les comptes et les règlements qui vont avec. Aujourd’hui c’est si bon de se souvenir qu’il y a seize ans, la politique était un mot merveilleux, pas encore gangréné par des abuseurs publics et un Front National jusqu’alors folklorique.
Il sera bien temps de faire le testament critique des années qui suivirent.
Pourquoi pas le 6 janvier 1998.

mercredi 9 mai 2007

Placards d’or.

Trêve. Clap de fin sur la campagne, séance de cinoche pour oublier un instant les excès des uns et les règlements de compte des autres.
Du 16 au 27 mai se déroulera à Cannes le 60ème Festival du film. L’occasion pour Madame Placard de faire son classement.
Voici douze films pour l’éternité. Le choix n’a pas été facile mais vous pouvez toujours y apporter vos coups de cœur et critiquer les miens.

Douzième place : « Les Tontons Flingueurs » de Georges Lautner.
Dialogué par Michel Audiard, ce film devrait se réciter dans les écoles à la place des vers poussiéreux de Ronsard ou Du Bellay. Bernard Blier et Lino Ventura y sont plus que parfaits en preneur et donneur de baffes: « En pleine paix y chante et pis crac, un bourre-pif ». Un hommage au cinéma populaire français trop souvent foulé aux pieds par les critiques, pour être quelques décennies plus tard porté aux nues sous prétexte d’être d’un kitsch follement désopilant. Audiard était un Monsieur, dommage qu’il achetait ses clopes au même rythme qu’un Humphrey Bogart ou qu’un Steve Mac Queen.

Onzième place : « Les Valseuses » de Bertrand Blier. Comme pour les « Tontons flingueurs » l’écriture de Bertrand (digne fils de son père) est dans le ton et dans le temps de son époque. Avec deux jeunes monstres comme Dewaere et Depardieu, sans oublier Jeanne Moreau, Miou-Miou et Isabelle Huppert le casting avait déjà 10 sur 10. Un film culte qui à chaque « revoyure » me fait me poser deux questions: à la fin, la DS dont les pneus crissent dans les virages de montagne va-t-elle se vautrer dans le ravin? Et pourquoi Patrick Dewaere s’est-il fait sauter la tête?

Dixième place : « La mort aux trousses » d’Alfred Hitchcock.
Parce qu’Hitchcock méritait d’avoir une place dans ce palmarès pour tous ces horribles et néanmoins jubilatoires moments qu’il nous a fait passer. Alors j’ai choisi « La mort aux trousses » plutôt que « Les oiseaux », « Psychose » ou « Les enchaînés ». Il y a tout dans ce chef d’œuvre. C’est du suspense aux petits oignons avec Cary Grant à son apogée et Eva Marie Saint qui nous donnent envie de faire l’amour dans un train. Et puis il y a James Mason...

Neuvième place : « Diva » de Jean-Jacques Beineix. Je ne sais plus si c’était son premier film, mais, en tout cas, il avait réalisé le coup parfait. Je me souviens que j’étais allé le voir à Brest dans une petite salle à sa sortie. J’avais lu le roman de Delacorta ce qui me donnait un peu d’avance sur mes camarades qui m’avaient laissé partir en éclaireur. Emballé par le film, j’en fais alors une bonne publicité, manque de bol le film reste très peu de temps à l’affiche. Heureusement (et pour une fois), les Césars réparèrent cette injustice quelques mois après. Le film devint un succès.
Je fus et reste enthousiasmée par le mélange des genres et le choix des acteurs. Polar lyrique qui vous donne envie d’acheter des disques d’opéra et de relire des bouquins de Spilanne, Hammett ou Manchette. Un film qui vous fait aimer les facteurs. Je me souviens de Richard Bohringer qui faisait un puzzle immense et bleu comme une vague et d’un tueur à gages qui n’aimait ni Beethoven ni les parkings. Je me souviens d’appartement-lofts à faire tomber, de reflets dans un enjoliveur, d’un phare au bord de la mer et de Jacques Fabbri qui n’était pour moi que « Schulmeister espion de l’Empereur ».
Mais qu’est devenu l’acteur qui jouait Jules, le facteur mélomane?




Il y a 10 ans
Vendredi, 9 mai 1997
... et les présentateurs du 20 heures s’en foutent (suite).

Le lundi 28 avril, il y a douze jours j’avais déjà poussé un coup de gueule. Rien ne s’est passé. Je vais bientôt pouvoir donner des cours pour apprendre aux autres à savoir pisser dans un violon.
Les réfugiés Hutus du Rwanda meurent toujours par centaines au Zaïre où rien n’est fait pour leur sauvetage. Pendant ce temps là, avec leurs brushings impeccables les présentateurs du 20 heures se demande qui des deux escrocs (l’ancien ou le nouveau) va s’occuper du pays et à combien de kilomètres de Kinshasa se trouvent les troupes de Kabila.
Si les Etats-Unis font semblant de faire régner l’ordre dans cette partie de l’Afrique, ce n’est pas une raison pour délivrer des commentaires aussi réfrigérés que l’attitude du gouvernement français dans cette histoire.
Messieurs les showmen du 20 heures il serait peut-être temps de sortir le grand jeu. Quand aura pour vous sonné l’âge de la retraite et que, les cheveux grisonnants vous vous regarderez dans la glace, j’ose croire que la honte de ne pas avoir bien fait votre métier vous rosira les joues. Sinon; c’est à désespérer de ce que vous appelez le quatrième pouvoir.

mardi 8 mai 2007

Moine.

Retraite, ascèse, profond repli sur soi pour habiter la fonction de chef d’état, tels étaient les mots empruntés aux nefs des églises qu’utilisait le candidat Sarkozy pour expliquer son besoin, s’il était élu, de se retirer un moment du brouhaha médiatique.
Certains le voyaient en robe de bure et sandalette, priant nuit et jour dans une abbaye retirée. Au pain sec et à l’eau. Transcender la fonction. ETRE en majuscule le président valait sans doute un sacrifice. Un véritable isolement lui aurait valu la sympathie de ses partenaires voire de ses adversaires, dans notre société judéo-chrétienne.
Mais point de Saint Nicolas ni de père Sarko à l’horizon.
A l’horizon plutôt un yacht de 60 mètres. A partir de 173 000 euros la location en basse saison pour une semaine !
Bon pour tout dire le chanoine Sarkozy s’est fait invité par son ami Vincent Bolloré (dixit Capital.fr). Le milliardaire breton (fret maritime, media, communication...) a mis à sa disposition son jet privé Falcon 900 EX pour faire Paris-Malte (Au fait ça fait combien le plein d’un jet pour la couche d’ozone ?). Bilan : une petite semaine de nabab pour un homme si proche du peuple et de ses préoccupations. On apprendra bien assez tôt, pour corser l’addition, ce qu’il y a avait dans les assiettes et dans les verres sur le navire et au Fouquet’s.
Symptomatique d’une attitude, d’une posture, l’ermite cinq étoiles nous a bien roulés dans la farine.
Mais rien n’est grave n’est-ce pas ? Pour peu que le monde s’indigne Le nouveau président et ses apôtres nous referont le coup de la diabolisation.
J’allais presque oublier le plus drôle. Le yacht s’appelle « Paloma ». Ça ne vous dit rien ? Si je vous dit « La paloma adieu, adieu c'est toi que j'aime / Ma vie s'en va mais n'aie pas trop de peine / Oh mon amour adieu ! ». Eh oui, Mireille Mathieu, la même que celle vue et entendue place de la Concorde au soir du 6 mai.


A noter pour rire (jaune) que Vincent Bolloré est le beau-frère de Gérard Longuet, sénateur UMP et proche conseiller de Nicolas Sarkozy. Gérard Longuet a été le co-fondateur avec Alain Madelin d’Occident mouvement d’extrême droite pro Algérie française. Gérard Longuet a aussi été impliqué dans plusieurs affaires judiciaires, notamment celle de la construction de sa villa de Saint-Tropez, ainsi que celle de l'affaire des marchés publics d'Ile de France où il sera relaxé contre l'avis du parquet. Et enfin, cerise sur le gâteau, Michel Roussin, ancien ministre de la coopération RPR et à de multiples reprises mis en examen dans le cadre du financement occulte de son parti, est le « Monsieur Afrique » du Groupe Bolloré.






Il y a 10 ans
Jeudi, 8 mai 1997
Y’a plus d’saison Madame Placard.

Je suis descendue deux fois de chez moi aujourd’hui et les quelques personnes que j’ai pu croiser m’ont toutes parlé comme si je m’appelais Sophie Davant.
- « Fait pas chaud aujourd’hui, vous pensez que ça va durer? »
Qu’est-ce que vous voulez que je lui réponde à cette brave dame qui fait la queue avec moi à la boulangerie. Je n’ai pas fait l’ENA des météorologues. Bientôt, pour tenir une discussion avec votre voisin, il vous faudra sortir avec vos cartes météo, avec les cyclones, les antis, la pluie et le beau temps. Mais comme je suis polie, je lui ai répondu:
- « La pluie ça fait du bien aux cultures et pour le blé c’est tant mieux car avec le blé on fait de la farine et avec la farine, du pain. Ca tombe bien non? »
Je n’ai pas eu un gros succès avec ma réponse, même auprès de la boulangère. Autour de moi les gens avaient plutôt envie de se plaindre.
- « Y’a plus d’saison. C’est la canicule en avril et la neige en mai. Moi qui avais rangé tous mes lainages à la cave. Ca nous gâche le week-end prolongé, on ne peut rien prévoir. »
Et bien justement c’est ça qu’est bien. Ne rien prévoir. En ce moment c’est l’overdose de prévisions. Les sondages, les indices, les tendances et les perspectives nous privent d’inconnu, de surprise.
En politique aussi y’a plus d’saison. Regardez ces législatives qui arrivent avec un an d’avance. Souvenez-vous des sondages aussi qui donnaient Balladur gagnant pendant l’hiver 95. Tout faux, au printemps, c’était Jacquot qui croquait le morceau.
Hier il neigeait en Touraine et il y a 52 ans, le jour de la signature de l’armistice il avait neigé sur la France. Comme quoi, un peu de mauvais temps ça peut avoir du bon.

lundi 7 mai 2007

18 Floréal an 1.

Ah ça ira, ça ira, ça ira...
Ça ira mieux demain ...
Pour la suite de la chanson on se retrouve demain.
Là, aujourd'hui pas le temps pour une rengaine ou un refrain.
Plus de voix.
En attendant le temps des cerises. Pour juin 2007 ou mai 2012.




Il y a 10 ans
Mercredi, 7 mai 1997
Faire son cinéma.

C’est aujourd’hui l’ouverture du 50ème Festival de Cannes. L’occasion pour quelques privilégiés d’aller croquer quelques petits fours au Martinez en racontant qu’ils ont causé à Bruce Willis. Je n’y suis pas et n’y serai jamais. Ce n’est ni de la rancoeur, ni de l’amertume mais ce que j’aurais aimé vivre c’est un Festival des années 50, où les stars semblaient accessibles, où le Palais n’était pas un bunker, où le barnum d’aujourd’hui n’avait pas encore monté son chapiteau.
Ma Croisette à moi va de l’immeuble à la gare en passant par le marché où les gloires locales se donnent rendez-vous. Au bistrot les petits fours ont fait place aux sandwiches rillettes et le champagne est remplacé par la Stella Artois pression. Mais ça n’empêche pas le jury des habitués d’avoir des idées bien arrêtées sur le 7ème art. A les écouter, les palmarès, qu’ils s’appellent Oscars, Césars, Lions ou Palmes ne les empêchent pas d’aimer ce qu’ils aiment et d’aller voir ce qu’il ont envie d’aller voir. Dans leur cinémathèque idéale on trouve des films qui feraient bizarre dans le décor pompeux du Festival. Les critiques de cinéma étant nettement plus vieux que ceux qui vont au cinéma, on se trouve devant une forme de fracture, si ce n’est un fossé séparant deux façons de « bien voir le cinoche ».
Mes amis du jury préfèrent qu’on leur parle de Jean Gabin, Bruce Willis, Gérard Depardieu, Silvester Stallone, Steven Spielberg, Christian Clavier, Luc Besson ou Quentin Tarentino plutôt que d’Emmanuelle Béart, Eric Rohmer, Jean-Pierre Léaud, Maurice Pialat, Fanny Ardant, Jacques Doillon ou Arielle Dombasle. Pour faire comme eux, j’ai rassemblé mes souvenirs afin de constituer mon propre palmarès et décerner mes Placards d’Or. Sachant qu’il reste douze jours avant la remise de la Palme d’Or 1997, Je vous livrerai chaque jour mon classemnt. Ces films, je les ai choisis et classés sur deux critères qui ne sont ni culturels, ni techniques. Car choisir c’est trancher, éliminer, ce qui n’est pas une mince affaire si l’on estime à 4000 films à raison de deux à trois films par semaine (rediffusions comprises) le nombre de séances (télé + salles) qui remplissent 30 ans de cinéphilie. Alors je n’ai gardé que les films qui m’ont touchée, émue, transportée ou fait rire en me posant à chaque fois la question: « Est-ce que tu aimerais le revoir là, maintenant? ».

dimanche 6 mai 2007

Peine incompressible.

20H00 et quelques secondes. Sarkozy président de la République. Avec un « p » minuscule et un « r » majuscule. Déception énorme. 47% des votants en prennent pour 5 ans. Le jury populaire a voté. La sentence est de cinq ans fermes. Pas de remise de peine. Une souffrance à vivre jusqu’à la dernière seconde du mandat de l’ex ministre de l’intérieur qui en rêvait dit on depuis sa prime jeunesse.
En 2012, j’aurai vécu 72.5% de ma vie sous l’autorité d’un président de droite.
L’écart est grand. La France est un pays de droite. Ça on le savait. Mais ce qu’on ne soupçonnait pas c’est que la France est un pays de droite dure. Que l’on ne se leurre pas, malgré des slogans rassembleurs, des attitudes d’une rare zénitude, des appels au peuple ouvrier ... Nicolas Sarkozy n’est selon moi ni fraternel, ni humaniste. Ses années place Beauvau en font plutôt un « surgé » monté sur ressorts prêt à sortir la règle en métal et, pour un oui ou pour un non, taper avec une certaine jubilation sur les doigts tendus.
La France de la peur de l’autre a gagné. La peur des resquilleurs, de « l’immigré » pourtant français depuis deux générations, la peur des Turques dans l’Union Européenne, la peur des Rmistes, même la peur des soixante-huitards, invités de dernières minutes dans la campagne par Sarkozy, comme pour remplacer la peur des bolchéviques dans l’inconscient collectif.
Enfin la peur des femmes, la peur d’une femme au pouvoir.
Ce soir la France a freiné devant l’obstacle, la France a freiné devant l’audace, la France a freiné devant une France Présidente.





Il y a 10 ans
Mardi, 6 mai 1997
A chacun son Everest.

Après avoir atteint le sommet de l’Everest en 1990, Christine Janin est la première femme à avoir rallié le pôle Nord sans chien de traîneau. Un exploit qu’elle a réalisé non pas pour sa seule gloire mais pour aider des enfants gravement malades à surmonter leur douleur en leur donnant envie de se dépasser. Cela la place, pour moi, au Panthéon des femmes de France de ce siècle. Entre Marie Curie et Marguerite Yourcenar ou entre Edith Piaf et Sœur Emmanuelle. Personne n’a vraiment parlé de cet exploit faramineux. Je l’ai entendu ce matin à la radio mais pour en savoir plus dans la presse, rien, bernique, que dalle.
Cette nouvelle Reine Christine a dû en baver sur ces kilomètres de paysages d’un autre monde. Mais la joie de retrouver à son arrivée ces enfants qui croyaient en elle dure comme fer lui a sûrement fait oublier ses douleurs.
Notre vie routinière est peuplée de ces petits contretemps qui nous paraissent des montagnes et qui nous gâchent soi-disant la journée. Quand on pense à ce qu’elle a enduré et à ce qu’endurent ces petits cancéreux, on se trouve très conne d’insulter celui ou celle qui ne démarre pas dans la seconde au feu ou de se pourrir la journée pour un collant filé.
J’ai finalement fini par retrouver la trace de l’association de Christine Janin qui organise des randonnées en montagne pour redonner courage et espoir à ces enfants meurtris:
Association « A chacun son Everest » C.C.P. 314 73 52 Grenoble.
Alors donnez pour que ces conquêtes de vie atteignent encore et toujours des sommets.

samedi 5 mai 2007

Des ronds dans l’eau.

Aujourd’hui c’est la trêve. Pas de « propagande » politique dans les media. Une interview de Sarkozy qui ne sera pas dans Le Parisien / Aujourd’hui en France version papier mais sur le site internet du même journal. Où se situe la frontière entre le « print » et le « web » comme disent les pros ? C’est une bonne question (un peu d’autosatisfaction ne fait jamais de mal) surtout quand je rapproche cette interrogation de celle de la publication des sondages sorties des urnes avant 20H00 sur internet.
Le sujet du jour n’a rien à voir. Demain certaines personnes, sûres du résultat n’iront peut-être pas voter et partiront au bord de l’eau taquiner le goujon ou faire des ronds dans l’eau.
En ce moment du côté de Valence en Espagne, onze bateaux régatent entre quelques bouées. Ils se disputent le droit d’affronter le navire suisse « Alinghi » vainqueur il y a quatre ans de l’America’s Cup.
On appelle ces éliminatoires la Coupe Louis Vuitton. C’est dire s’il y a déjà du pognon dans la baie.
Ames sensibles s’abstenir : voici le budget de cette compétition nautique.
Pour l’organisation comptez 232 millions d’euros ; pour les infrastructures financées par la ville de Valence, un « petit » billet de 500M€, et pour chaque Défi (comprenez chaque bateau) la facture s’échelonne ente 15 et 150M€. Les recettes (droits d’inscription, droits TV, sponsoring) avoisineraient les 260M€. Soit un bénéfice de 27 patates pour l’organisation.
Vous aller me dire que depuis quinze ans il y a beaucoup d’argent dans le sport et que cela ne m’a pas beaucoup émue. D’accord une fois. Vous me direz également (si vous êtes spécialiste des joutes nautiques) que l’America’s Cup est la plus vieille compétition sportive de la planète (22 août 1851) et que cela mérite le respect. D’accord deux fois. Mais permettez-moi de vous dire qu’autant le football, la formule 1, le basket US, le tennis ou le golf qui brassent des milliards me donnent parfois à rêver, autant cette bataille navale, circonscrite à un triangle d’eau ne m’apporte pas le moindre frisson, pas la moindre émotion, pas le moindre « lever de fauteuil » intempestif et brutal. J’ai pris le temps hier de regarder une retransmission sur Canal+ Sport. C’est incompréhensible, lent, régenté par des règles que ne peuvent comprendre que les marins concernés et encore. Les commentateurs ne nous éclairent pas vraiment sauf si vous avez fait l’école des Glénands. Bref côté cœur, encéphalogramme plat. Loin des transats de Tabarly ou de Florence Arthaud. Loin des tours du monde d’Auguin ou d’Helen Mac Arthur.
Le défi français Areva, le nucléaire, la mer, l’écologie, tout ça dans un joli paquet cadeau à 20 millions d’euros, est dans les choux. Avant même les demi-finales, touché, coulé par d’autres navires dont les armateurs ont mis parfois cinq à six fois cette somme pour conquérir l’aiguière d’argent.
Cette quête reste un mystère.
Tant de ronds dans l’eau ...





Il y a 10 ans
Lundi, 5 mai 1997
Qui veut jouer au docteur?

Moins rapide qu’un escargot qui se serait fait une entorse dans « Urgences »; plus larmoyant qu’une chanson de Dalida chantée par Hervé Vilar; aussi convenu qu’un slogan du RPR; et malheureusement aussi mal joué par Sandrine Bonnaire qu’un pilier de rugby s’essayant au patinage artistique; bref aussi crédible que Bruno Mégret fumant un joint avec des communistes cubains à la fête de l’Huma.
C’est dire si « Une femme en blanc », le feuilleton médico-pas-très-légal sur France 2 est parfaitement ennuyeux. Dialogues attendus, situations archi déjà vues: la femme seule contre tous, contre son père et contre elle-même, l’amour d’abord impossible, le méchant chirurgien, Le docteur lâche, le docteur dragueur, l’infirmière sympa sans oublier le fils hospitalisé.
Enfin, si tout ce cinéma a pu faire vivre quelques techniciens de plateau, des caméramen, des scriptes, des régisseurs et des comédiens, tant mieux. Mais je ne félicite pas les scénaristes et dialoguistes qui ont peut-être peiné sur le roman de Janine Boissard, mais sacré bon sang, quand on veut on peut.
En attendant de voir du bon cinéma chirurgical façon « Sept morts sur ordonnance », vous pouvez toujours vous refaire un épisode d’« Urgences », qui repasse le samedi après-midi sur France 2. C’est un peu la même tambouille mais ça va beaucoup plus vite et c’est de toute façon plus crédible que Sandrine qui voulait jouer au docteur.

Post Scriptum: a priori, tout le monde ne pense pas comme moi puisqu’il y aurait eu, selon Médiamétrie, une moyenne de 6,5 millions de personnes devant leur poste pour chaque épisode. Ca ne donne pas envie d’être malade.